Le président Abdelmadjid Tebboune se couchera-t-il devant les islamistes sur le secteur de l'Education ? Sa réponse à la question sur la réforme du système éducatif, lors de sa récente rencontre avec les directeurs de certains médias, a brillé par son opacité et ses contradictions.

En effet, on ne sait toujours pas quoi penser de la réponse donnée par le chef de l'Etat sur la question de l'école. S'il reconnaît que tous les Algériens revendiquent une réforme radicale du système éducatif, il ne dit pas clairement ce qu'il va faire de ce système. Il a évoqué l'aspect idéologique mais il a aussitôt semé le doute dans ses propos.

En fait, avec une "grande audace", Abdelmadjid Tebboune a déclaré interdire < absolument l'inclusion de l'idéologie dans l'enseignement primaire ». Avec cette phrase, Tebboune aurait pu intéresser les progressistes de la classe politique et de la société civile, même s'il limite cette interdiction au premier pallier de l'enseignement.

Tebboune veut-il alléger le programme scolaire ou le cartable ?

Mais ce n'est pas le cas. Et pour cause, il a très vite semé le doute dans les esprits quand il a évoqué le programme scolaire. Pour lui, le programme scolaire doit être allégé, « en accordant une attention progressive à la qualité de l'Education et en laissant l'enfant vivre son enfance de manière normale et équilibrée ».

Sauf que pour le chef de l'Etat, alléger le programme scolaire, c'est alléger le cartable de l'élève. Et pour cela, il faut encourager l'exploitation des moyens technologiques. Ce qu'il faut déduire de ces propos de Tebboune, c'est que le poids du cartable est du au nombre des livres et des cahiers qui l'alourdissent, et non le nombre de matières qui engendre le nombre de livres et de cahiers.

Les islamistes surveillent l'Education de près

Donc, à la place des livres et des cahiers, l'élève peut toujours utiliser une tablette ou un micro-ordinateur portable, mais en maintenant les matières, nombreuses et souvent inutiles, qui alourdissent le programme et le rendent insupportable pour des élèves de bas âge. Si c'est comme cela que Abdelmadjid Tebboune a choisi de traiter la problématique du secteur de l'Education, il ne risque aucunement de l'extirper des mains des islamistes qui le surveillent de près. Y compris ceux embusqués au sein même du ministère de l'Education nationale, et d'autres organismes qui lui sont liés.

Le chef de l'Etat sait pertinemment que s'il veut réellement alléger le cartable de l'écolier, il doit aller vers la suppression de toutes les matières inutiles pour un enfant âgé entre 5 et 11 ans. Que ce soit l'histoire géographie, l'Education islamique, la technologie et même l'Education civique.

Tebboune osera-t-il défier les islamistes ?

Il sait aussi qu'un enfant du cycle primaire a besoin d'apprendre à lire, à écrire et à calculer. C'est ce que disent les spécialistes. Donc, les langues et le calcul suffisent amplement à faire son bonheur et à le préparer à affronter de nouvelles matières au collège. C'est cela alléger le cartable. Mais c'est aussi, imposer le travail et les cours le vendredi matin, comme c'était le cas le jeudi matin avant le changement du weekend.

Osera-t-il défier les islamistes en imposant le travail la demi-journée de vendredi ? Parce que c'est aussi comme cela qu'il pourra exclure l'idéologie de l'école. Particulièrement cette idéologie obscurantiste qui a donné l'islamisme fanatique et le terrorisme meurtrier. Il est clair que les choses devraient être menées graduellement, mais les dés devraient être jetés pour une école républicaine ouverte sur l'universalité, si cela est vraiment l'objectif de Tebboune. Que choisira-t-il en fin de compte ? Libérer l'école sinistrée ou se coucher devant les islamistes ?

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