A l’instar des universités algériennes et celle du monde entier, le phénomène de la consommation de drogue a atteint l’université de Tizi Ouzou. Cette dernière est devenue une plaque tournante de vente de drogues et stupéfiants de tout genre. Durant notre enquête, nous avons constaté qu’acheter des stupéfiants est un jeu d’enfant. Les trafiquants sont connus de tout le monde et occupent des coins stratégiques dans l’enceinte même de l’université.

Hasnaoua, lieu stratégique des trafiquants

Afin de réaliser cette enquête, nous nous sommes rapprochés de certains étudiants, consommateurs réguliers de drogue "zetla", qui s’approvisionnent à l’université de Tizi Ouzou, en Kabylie, ainsi que de syndicalistes et d’enseignants qui partagent un seul constat : la situation est alarmante, les vendeurs de ces substances agissent en toute impunité et font la loi au sein du campus et de la cité de Hasnaoua, de l'université de Tizi Ouzou.

Ils sont en effet partagés en deux groupes. Le premier agit dans le campus, squattant une partie du département de langue française et une autre de celui de langue anglaise. Les vendeurs sont approvisionnés de l’extérieur à bord de motos. Ils rentrent et sortent de l’université comme bon leur semble. Ils ne sont même pas inquiétés par les agents de sécurité, par complicité ou par peur, selon nos interlocuteurs.  Ces derniers imposent leur diktat sur la communauté universitaire sans que personne ne réagisse. Ils ferment les départements quand bon leur semble et les ouvrent quand ils veulent casser les mouvements de grève. Ils sont violents et font régner un climat de terreur qui décourage les plus téméraires des responsables, enseignants ou syndicalistes.

Nos interlocuteurs nous affirment aussi que ces délinquants consomment de l’alcool et de la drogue au sein même du campus sans se cacher. Ils ont leurs coins réservés derrière les laboratoires. Des endroits où les étudiants ne mettent jamais les pieds.

Le réseau de la résidence universitaire

Aussi, un autre réseau est actif à l’intérieur de la résidence universitaire pour garçons. Ses membres sont très discrets et ne vendent pas aux personnes qu’ils ne connaissent pas. Les éléments du groupe scrutent l’environnement avant chaque vente et ne gardent jamais la drogue dans leurs chambres. Ils ne sont pas en concurrence avec le réseau du campus puisqu’ils ont les mêmes fournisseurs.

Les responsables de la cité ont procédé à la fermeture du portail qui mène du campus à la cité pour empêcher les motos de passer mais cela n’a pas empêché les trafiquants d’agir autrement. Etant donné leur discrétion, les personnes interrogées pensent que le réseau de la cité ne bénéficie pas de la protection assurée à celui qui sévit au sein du campus.

Les réseaux de prostitution et la vente de drogue

Les réseaux de prostitution sont aussi impliqués dans la vente de drogue. En effet, les proxénètes utilisent leurs victimes comme distributrices de drogue et stupéfiants dans les cités universitaires pour filles. Leurs victimes sont obligées de s’acquitter de cette tache. Elles en tirent cependant du profit.

Les filles sont aussi utilisées pour acheminer ces substances vers d’autres destinations. Le procédé est bien rodé, les trafiquants mettent à la disposition des filles des voitures et leur demandent des « services ». Comme acheminer des commissions, y compris en dehors de la Kabylie, sans que les filles ne se doutent du contenu de la commission.

La dernière enquête menée en 2015

La dernière enquête menée en 2015 par deux médecins spécialistes en la matière du CHU Nedir Mohamed a été effectuée sur un échantillon de 1 172 étudiants. Cela représentait 2,1% de l’ensemble des 55 000 étudiants que comptait l’université Mouloud Mammeri. A l’époque, l'enquête a conclu que 9 % de l’échantillon consomme de la drogue.  Ces médecins résidents en épidémiologie et en psychiatrie dudit CHU, assistés de leurs chefs de services, ont constaté que la frange des étudiants la plus touchée par ce phénomène est celle dont l’âge varie entre 19 et 24 ans, avec un pic de 19 à 21 ans. C’est-à-dire, 58,3% de ces toxicomanes ont l’âge variant entre 19 et 21 ans.

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