Des professeurs en médecine, interrogés par le quotidien francophone Liberté, estiment que les mesures préventives annoncées par le président de la République pour freiner la propagation du coronavirus ont été prises tardivement et s'avèrent insuffisantes, en raison de la défaillance du système de santé et des moyens dont dispose le pays.

Le Pr Salim Nafti, spécialiste des maladies respiratoires au CHU Mustapha-Pacha, a jugé que la décision de la fermeture des mosquées « est intervenue tardivement ». Il a rappelé que la corporation médicale n'avait eu de cesse de réclamer la fermeture à temps de ces lieux de culte « qui représentent un grand risque de contamination parce que ce sont des endroits confinés et exigus ».

Le Pr Salim Nafti a assuré que les mesures prises par l'Etat algérien pour faire face à la propagation du virus ne sont pas nouvelles. «L'Etat n'a rien inventé en la matière, il est en train d'appliquer les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé pour limiter la circulation des personnes et le regroupement », a-t-il soutenu. Il a, ensuite, ajouté que la seule mesure qui nous distingue de certains pays est « la fermeture des lieux de prière ».

Le Pr Mansour Brouri, chef de service de médecine interne à l'hôpital de Birtraria, a, lui, fait savoir que les autorités auraient dû passer immédiatement aux consignes du stade 3, à savoir le confinement, en raison du manque de moyens et de la rapidité de la propagation du virus. Ce professeur fait appel aux responsables pour imposer un confinement, car « au-delà d'un certain temps, c'est perdu », alerte-t-il.

Le passage de l'Algérie du stade 2 à 3 est donc inévitable en raison de la rapidité de la propagation du virus, mais le confinement sera décrété « lorsque les deux tiers des wilayas seront contaminés », prévient le Pr Salim Nafti. Ce dernier déplore le manque de « visibilité » du nombre réel des personnes contaminées par le Covid-19.

Le Pr Mansour Brouri a recommandé à tout le gouvernement de s'atteler à la « mise en place d'un comité multisectoriel », évoquant la possibilité de mettre en place des « hôpitaux de campagne », comme ça a été fait lors de catastrophes naturelles. En outre, le chef du service de médecine interne a souligné que l'armée « dispose des moyens nécessaires pour transporter les malades des régions éloignées vers les centres de réanimation», ajoutant qu'il est impératif de penser à former le personnel de la santé et le personnel de soutien dans la lutte contre la propagation du coronavirus.

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