L'ancien ministre et homme politique Noureddine Boukrouh a révélé ce dimanche 12 avril 2020 qu'il a reçu des menaces de mort après une publication qu'il a faite portant sur le mois de carême. Certains cercles l'ont accusé d'avoir appelé à renoncer au jeûne, à travers sa publication postée sur sa page Facebook mercredi 8 avril.

« Moins de vingt-quatre heures après la publication sur ma page Facebook et deux journaux en ligne (Le Matin d'Algérie et Oumma ) d’un article sur le « Coronavirus et les civilisations » le 8 de ce mois, je me suis retrouvé sous un déluge de critiques, d’insultes et de menaces de mort provenant de mon pays et de l’étranger parce ce que j’aurais commis le sacrilège d’appeler à une suspension de l’obligation religieuse de jeûner à cause du covid-19, une idée aussi farfelue que sans précédent dans l’histoire millénaire de l’islam », écrit Boukrouh sur sa page Facebook en réponse à ses détracteurs.

« Je ne sais d’où est partie cette fausse nouvelle »

Noureddine Boukrouh soutient qu'il n'a jamais fait un tel appel. « Pas plus que les épidémiologistes ne connaissent le « patient zéro » qui a reçu la première charge virale, je ne sais d’où est partie cette fausse nouvelle qui s’est propagée à travers les réseaux sociaux à la vitesse de la lumière. Le plus incroyable, c’est que la plupart des pages et sites qui relayaient la fausse information reproduisaient mon article intégralement, en arabe ou en français, alors que ce dont ils m’accusent ne s’y trouve absolument pas », a t-il dit.

L'ancien patron du Parti du renouveau algérien (PRA) et candidat à la présentielle de 1995 estime que ses propos ont été mal interprétés. « Qu’on en juge d’après le paragraphe où j’ai fait allusion au sujet : Si les "Infidèles" (les adeptes des quatre autres civilisations-religions) ne règlent pas son compte au Covid-19 d’ici le ramadhan, soit dans 15 jours, le vieux savoir religieux invariable en tout temps et tout lieu sera confronté à un sérieux embarras : consentir à la suspension du jeûne cette année car un gosier sec favorise l’implantation du virus, ou la refuser et braver le risque d’une plus large contamination des musulmans et des non-musulmans qui vivent ensemble presque partout. Qu’est-ce qui doit primer ? La vie d’un nombre indéterminé d’êtres humains ou une prescription religieuse ? », s’interroge Noureddine Boukrouh.

« Mufti malgré lui »

 « Où a-t-on vu un appel de ma part, mufti malgré lui, à ne pas jeûner cette année ? On ne le saura jamais. Il a suffi d’un désinformateur zéro pour que des essaims de mouches électroniques prennent d’assaut ma page, d’un premier « bêêê » ovin pour que des milliers de moutons de Panurge se mettent à bêler et à chevroter dans ma direction dans le but de faire de moi un mouton noir, un excommunié, un individu maudit par sa communauté », ajoute-t-il.
L'écrivain a tenu à signaler qu'à la veille de la publication de son article, il avait eu connaissance du communiqué de la célèbre université d’Al-Azhar (le Caire) faisant état de l’examen par ses instances des possibles incidences du coronavirus sur le jeûne. « L’institution la plus qualifiée au monde pour l’élaboration des fatwas (jurisprudence à caractère consultatif) concluait qu'à la date du jour où le communiqué était publié, il n’y avait pas lieu de préconiser l'empêchement du jeune. Ce qui veut dire que si les choses venaient à empirer, elle pourrait le faire car l’esprit coranique, l’esprit des lois comme dirait Montesquieu, l’y autorise », a-t-il encore soutenu.