Le confinement est particulièrement difficile pour les femmes victimes de violences conjugales et enfermées avec leurs bourreaux. Les associations féministes en Algérie tirent la sonnette d’alarme et préviennent que la période de dé-confinement sera terrible.

Les violences et les viols conjugaux à répétition se terminent parfois en de terribles féminicides. La période du confinement en Algérie connaîtra des retours désastreux pour plusieurs  femmes qui se voient enfermées avec leurs bourreaux. La plupart ne trouvera aucune possibilité d’émettre un SOS.

11 féminicides enregistrés en Algérie depuis le début de l’année

Selon la militante et activiste féministe Narimene Mouaci qui se charge de recenser et collecter les informations sur les féminicides en Algérie, au moins 11 féminicides ont été enregistrés depuis le début de l’année. Elle précise que ce n'est pas un chiffre officiel mais qu'il s'agit d'une estimation basée sur les cas médiatisés uniquement. Ces crimes ont été commis majoritairement par les conjoints des victimes. En raison du confinement à domicile, les cas de violences intra-familiales vont dédoubler.

En effet, faute de possibilités d’alerte, les femmes se retrouvent seules livrées à elle-même en compagnie de leurs bourreaux. Elles n’ont de ce fait aucune possibilité de demander de l’aide. Le nombre de viols conjugaux, violences et féminicides connaîtra une recrudescence des plus alarmantes à la fin du confinement, alertent des militantes féministes.

« La situation peut être dramatique, et les statistiques ne peuvent être fiables, en raison du confinement général, la situation reste difficile à évaluer, » déplore Mme Meriem Belaala, présidente de l’association « SOS Femmes en Détresse ».

Augmentation du nombre de cas de violences faites aux femmes durant le confinement

Meriem Belaala qui s’occupe de l’accompagnement des femmes en situation de précarité indique qu’en « période de crise, le risque d’accroissement des violences est très élevé, et c’est toujours les femmes et les enfants qui sont les premières victimes ».

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En effet, le nombre de féminicides peut être très important pour une période de confinement relativement courte. Meriem Belaala estime que « les agressions physiques ou morales sont extrêmement importantes. Cela dit, le confinement et la promiscuité ne peuvent permettre aux femmes d'en parler ou de dénoncer leurs agresseurs. » Elles ne peuvent non plus sortir durant la période du couvre-feu pour demander de l’aide.

La semaine dernière, un violent féminicide a été enregistré dans un quartier des hauteurs d’Alger. Un policier a tué sa propre femme en usant de son arme de service, et ce, devant leurs quatre enfants. Deux tentatives de meurtres ont été également enregistrées dans la même semaine à Mascara. La première à l’encontre d’une chanteuse de Raï qui a reçu sept coups de couteau de la part de son époux, alors que la deuxième est une femme qui a été battue avant d’être jetée par-dessus le balcon par son conjoint.

« Tu es femme, tu es coupable ! »

D’un point de vue totalement féministe, Yasmina Chouaki déplore qu’en Algérie « tout porte à croire que le fait d’être née femme est un problème en soi, une raison valable qui accorde la légitimité aux machistes d’outrager les femmes ».

Elle rappelle que les raisons qui animent les hommes à commettre ces terribles féminicides demeurent pour la plupart, un mystère aux yeux des enquêteurs. La plupart des affaires en justice sont soit classées sans suite, soit les victimes se voient contraintes de retirer leurs plaintes sous la pression de leurs proches.

Les féministes s’insurgent contre la banalisation des viols conjugaux

Les militantes féministes redoutent que l’après-confinement mettra en lumière de nombreux cas de viols conjugaux, violences familiales et domestiques. A leur plus grand désarroi, en vue de la crise sanitaire, elles ne pourront que faire état des féminicides commis. L’après-coronavirus mettra en lumières les horreurs subies par ces femmes.

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« Les machistes se donnent légitimité d’enfreindre les droits les plus élémentaires de la personne humaine sous le slogan : « tu es femme, tu es objet ». Il existe une certaine appartenance perverse derrière « tu es Ma femme, tu es Ma propriété », que certains hommes utilisent contre les femmes pour arriver à leur fin, en assouvissant leur besoin primitif, » s’insurge Yasmina. Chouaki cofondatrice de l’association Tharwa n'Fadhma n'Soumer.

Yasmina Chouaki alerte également sur un phénomène particulièrement dangereux dont souffrent les jeunes filles à l’intérieur même du cocon familial. De nombreux cas d’inceste sont enregistrés sur l’ensemble du territoire national. Les régions de l’Est du pays et des hauts plateaux enregistrent le plus grand nombre de cas, selon notre source.

Un dispositif d’alerte par messages

Durant le confinement à domicile, les femmes ont plus de mal à prendre le téléphone et contacter ces associations. Le mari, le père ou le frère sont en permanence à la maison. Elles ne peuvent de ce fait alerter devant la personne qui les maltraite.

La présidente de l’association SOS Femmes en Détresse salue l’instinct de survie de certaines femmes qui, malgré les possibilités restreintes, ont toutefois trouvé un moyen de contacter les associations en cas de détresse. Elle rapporte que « les courriels électroniques enregistrés sont plus importants que le taux d’appels reçus ».

Se retrouvant bridées avec leurs agresseurs, les femmes se sont tournées vers l’écriture afin d’envoyer des messages de détresse sans pour autant attirer le courroux de leurs bourreaux. Pour d’autres, écrire ou envoyer des messages à travers certains groupes ou amies sur Messenger est un moyen utilisé pour s'exprimer plus librement.

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Les pouvoirs publics aux abonnés absents

Mme Belaala soutient que « les pouvoirs publics doivent être plus réactifs face à la situation des femmes en période d’isolement ». En effet, le confinement sera prolongé dans le temps et le mois de jeûne approche. Elle craint que les violences atteignent leur apogée.

Selon elle, les services de l’ordre doivent lever le confinement dans les cas de mise en danger de la personne humaine. La prise de conscience sur les dangers encourus par ces femmes doit être immédiate, compte tenu de la conjoncture actuelle. « Les services de sécurité devraient répondre aux plaintes des victimes et les assister entièrement en leur permettant une protection indéfectible, » indique-t-elle

Meriem Belaala conseille aux femmes victimes de violences conjugales de prévenir une personne de leur proche entourage en cas de violences. « Si elles n’arrivent pas à appeler les numéros de téléphone mis à leur disposition ( 023-55-53-57 / 023-55-53-62 ), elles doivent avoir le réflexe d’alerter pour éviter le pire ».

Pour rappel, afin de lutter efficacement contre les violences familiales et conjugales faites aux femmes durant cette période de confinement, les associations féministes ont mis à cet effet, un dispositif d’alerte. Une plateforme présente dans de nombreuses pages Facebook, Tharwa n’Fadhma n’Soumer, Fard à Oran, ou encore via le journal des féministes algériennes. Ces associations procèdent comme suit : «"Ecouter, conseiller, orienter". En cas de situation qui nécessite un suivi de très près, les associations orientent les victimes vers le centre SOS Femmes en Détresse.