Le gouvernement algérien a décidé de rompre définitivement avec la politique du « montage automobile ». La loi de finances complémentaire 2020 prévoit des encouragements aux véritables investissements dans le domaine de la fabrication de véhicules, sous la supervision de l’Etat.

Le gouvernement algérien envisage de revoir le cadre réglementaire, soit le cahier des charges, devant régir le secteur de l’industrie automobile. Et ce dans le but de proposer des mesures incitatives pour les constructeurs qui souhaiteraient s’engager dans ce secteur.

Toutefois, les résultats de cette nouvelle stratégie ne se ressentiront pas dans l’immédiat. Il faudrait « au moins 3 ans », selon les estimations du gouvernement. D’où la décision d’autoriser les concessionnaires à importer des voitures touristiques neuves. Il s’agira de répondre à la demande du marché local, le temps de mettre en place une véritable industrie algérienne.

Nouvelles mesures incitatives pour les investisseurs

Le gouvernement algérien a décidé d'annuler le régime préférentiel pour l'importation des lots SKD/CKD pour le montage de véhicules. Le système SKD ("semi knocked down") consiste à importer le véhicule en kits prémontés à simplement riveter ou boulonner sur place. Cette décision vise à encourager une véritable industrie de fabrication en Algérie.

Les autorités ont procédé aussi à la suppression de la règle de répartition du capital social 49/51% dans le secteur. Le nouveau cahier des charges n’obligera plus les investisseurs étrangers à s’associer à un partenaire local, mais leur imposera un apport financier et technologique.

Une autre mesure importante est celle d’exiger à l’investisseur (algérien ou étranger) un taux d’intégration initial de 30% ainsi qu’un apport initial en capital égal ou supérieur à 30% de l’investissement.

Au volet du financement des investissements, le gouvernement a procédé à l’abrogation de l’Article 16 de la Loi de Finances 2016 portant obligation de financement des investissements étrangers par recours aux financements locaux. Les investisseurs ne devront plus compter totalement sur les banques algériennes pour le financement.

Le gouvernement veut une réforme de l’industrie automobile en Algérie

Abdelmadjid Tebboune et son ministre de l’industrie et des mines, Ferhat Aït Ali Braham, font du secteur de l’industrie automobile l’un des chantiers de réforme les plus importants. La loi de finances complémentaire, adoptée dimanche par le conseil des ministres, contient une remise en question radicale du « montage automobile. »

Le gouvernement veut surtout en finir avec le fiasco d’une politique mafieuse qui a coûté au trésor national des pertes estimées à plus de 128 milliards de dinars (975 millions d'euros), selon des chiffres officiels.

Les grands patrons du secteur automobile sont incarcérés ou condamnés dans le cadre d'enquêtes sur la corruption. Les procès ont montré que des hommes d'affaires liés à l'entourage de Abdelaziz Bouteflika ont été favorisés, malgré un cahier des charges rarement respecté. Ces oligarques ont bénéficié d'importantes aides publiques et de nombreux avantages fiscaux.

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