Les propos polémiques du consul marocain à Oran, qui avait qualifié l'Algérie de "pays ennemi", ont déclenché une pluie de réactions de la classe politique. Certains partis et personnalités politiques appellent carrément à l'expulsion du diplomate. Ils estiment, en revanche, que cet incident n'affecte en rien les bonnes relations qui lient les deux peuples voisins.

Dans un communiqué rendu public jeudi 14 mai, le Rassemblement national démocratique (RND) considère que « le Consul marocain n’a accordé aucune importance aux conséquences qui peuvent découler de ce grave dérapage ». Tout en affirmant appuyer la position officielle de l’Algérie, le parti demande « le renvoi » de ce diplomate et réclame des « excuses officielles du Maroc ».

De son côté, le parti Front El Mostakbal de Abdelaziz Belaïd a appelé les autorités algériennes à prendre les mesures et dispositions nécessaires, conformément aux mœurs et lois diplomatiques, à l’encontre du diplomate marocain.

« L’objectif recherché à travers ces propos dangereux et contraires aux mœurs et traditions diplomatiques en usage, est de créer la fitna (discorde) entre les deux peuples frères, et ce dérapage grave constitue une atteinte aux solides relations établies entre les deux peuples », lit-on dans le communiqué du parti.

« De tels propos renseignent sur l’inconscience et l’absence de vision auprès de ce diplomate qui semble en rupture avec la pratique diplomatique », ajoute-t-il.

« Une fuite en avant du consul »

Le Mouvement démocratique et social (MDS), par la voix de son coordinateur Fethi Ghares, estime, pour sa part, que les déclarations du consul marocain « constituent une fuite en avant des autorités marocaines qui, à défaut de pouvoir venir en aide à leurs ressortissants coincés en Algérie à cause de la pandémie de coronavirus, tentent de mettre cette carence sur le dos des autorités algériennes pour ne pas subir les foudres de leurs concitoyens ».

Mais, ajoute M. Ghares, « ce n’est que peine perdue et les propos du représentant marocain ne peuvent, aucunement, altérer les relations fraternelles et solidaires entre les deux peuples frères, qui luttent, chacun de son côté, pour son émancipation sociale, ses droits et pour la liberté et surtout pour la construction du Grand Maghreb, tant souhaité par les peuples de la région ».

Même son de cloche chez le sénateur Abdelwahab Benzaïm qui considère que cette sortie du diplomate marocain n'est qu'une tentative d’occulter son incapacité de satisfaire les sollicitations des ressortissants marocains bloqué en Algérie.

« Algériens et marocains, deux peuples frères »

Mme Bounab, députée du Front de libération nationale (FLN), soutient aussi que « les peuples algérien et marocain sont frères et ce n’est pas ce dérapage qui va remettre en cause les liens historiques et fraternels entre les deux peuples et ces propos ont d’ailleurs suscité une vague d’indignation auprès de nos frères marocains, notamment sur les réseaux sociaux ».

En outre, des représentants du mouvement associatif ainsi que des personnalités sportives et artistiques de l'ouest du pays se sont élevés contre des propos « irresponsables » du consul général du Maroc à Oran, soulignant, dans ce sillage, qu’une « telle sortie irréfléchie et répréhensible ne fera que renforcer davantage la cohésion entre les deux peuples ».

« Les propos immoraux du Consul général du Royaume du Maroc à Oran qualifiant indûment l'Algérie de pays ennemi transgressent tous les us diplomatiques et font fi des relations de fraternité et d’estime liant les deux peuples marocain et algérien, et qui sont la résultante d’une histoire commune et de liens de sang et de parenté », ont écrit ces représentants de la société civile dans un communiqué conjoint.

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