Une étude intitulée «Pour une nouvelle stratégie de défense intégrée du Maroc », réalisée par un site marocain spécialisé dans la stratégie militaire, démontre à quel point le Maroc « a peur » de l’Algérie. Les auteurs de l’étude reconnaissent une espèce d’aversion maladive contre le pays voisin.

L’étude, qui s’étale sur 40 pages, présente l’Algérie comme un pays ennemi, « dont les intentions "d’exportation de la révolution" ont constitué la menace majeure sur l’existence du Maroc actuel en tant que tel ». Et d’ajouter qu’« au-delà du différend de frontières à l’est entre le Maroc et l’Algérie, le conflit était surtout idéologique, c’est ce qui générait un grand manque de confiance mutuelle qui dure relativement jusqu’à nos jours. »

Créé en 2004, le site, qui constitue une référence publique en matière de questions militaires marocaines, laisse entendre que les Forces armées royales (FAR) font une fixation sur l’Algérie ainsi que l’Espagne, considérés comme les plus grands ennemis du royaume chérifien.

L’armée marocaine configurée dans la perspective d’une confrontation avec l’Algérie

Il est également mentionné que « l’équipement, la formation et la disposition des unités (des FAR) ont été depuis les années soixante orientés dans la perspective d’une confrontation éventuelle avec l’Algérie ».

La longue analyse a souligné que « les leçons tirées de ‘’la guerre des sables’’ opposant les deux pays en octobre 1963, façonnent jusqu’à nos jours les dispositifs et tactiques des FAR, se caractérisant à ce stade, grosso modo, par le souci de stopper l’assaut d’un ennemi en supériorité numérique et d’arrêt de colonnes blindées venant de l’Est ».

En outre, elle révèle que la doctrine de l’armée marocaine s’est forgée par rapport à son expérience dans ses oppositions avec l’Algérie. « L’expérience de la guerre du Sahara, opposant le Maroc aux séparatistes du Polisario appuyés par l’Algérie, a été un tournant décisif dans la construction de la doctrine des FAR, qui ont vu leur effectif doubler durant la période de guerre et qui ont pu développer une expérience pionnière en matière de guerre de désert mondialement reconnue », souligne le document.

Une méfiance vis-à-vis de l’Espagne

Par ailleurs, l’étude affiche une grande méfiance vis-à-vis de l’Espagne, considérée comme l’autre « ennemi historique » du Maroc. Le rapport préconise que « le bon voisinage avec l’Espagne n’exclut pas d’avoir un dispositif militaire défensif et dissuasif face à celle-ci, en cas de toute tension accidentelle ou suite à la prise de pouvoir à l’Espagne par un courant ou parti hostile au Maroc ».

Le royaume chérifien « ne pourra plus se permettre de fermer les yeux sur la menace militaire éventuelle que représente l’Espagne, cette dernière qui ne se gêne pas d’exprimer sa méfiance militaire vis-à-vis du Maroc, en prenant en considération par son état-major dans la formation de ses armées et dans le choix de l’équipement, de l’éventualité d’un affrontement armé probable avec le Maroc », indique-t-on.

Le Maroc cherche à asseoir son leadership dans les pays de la rive Atlantique

Les rédacteurs du rapport estiment que « les peuples de la rive Atlantique ont toujours constitué des ‘’périphéries’’ par rapport à la puissance ‘’centrale’’ de Fès ou Marrakech, les empreintes de cette influence qui a duré plusieurs siècles se trouvent encore sous plusieurs formes, comme les zaouïas en l’occurrence ‘’Tijania’’ qui symbolise en quelque sorte le leadership dont jouissaient les sultans marocains à travers cette région ». Ils suggèrent que les peuples de « cette région d’influence historique » accepteront plus facilement le leadership marocain.

« La renaissance du Maroc comme étant une puissance régionale devra en grande partie se baser sur la solidité des liens avec cette zone représentant la profondeur stratégique du pays et qui constituerait la principale source de matières premières et le principal débouché pour la machine industrielle marocaine, » souligne cette étude sous-titrée : "Pour avoir la paix, il faut préparer la guerre".

L’analyse estime, toutefois, que « le leadership politique et militaire doit d’abord s’appuyer sur un leadership économique puissant pour qu’il puisse être crédible et durable dans le temps ».