La présidence de la République a dévoilé qu’un exposé ministériel lié à la question de la mémoire nationale sera examiné lors du Conseil des ministres de ce dimanche 31 mai. Une première dans l’histoire du pays qui porte à croire que l’Algérie veut œuvrer pour la réactivation du projet de loi sur la criminalisation du colonialisme.

La démarche de la présidence de la République vient soutenir la décision des parlementaires algériens pour remettre sur la table le contentieux mémoriel qui, longtemps, a envenimé les relations entre l’Algérie et la France. Le projet de loi sur la criminalisation du colonialisme a été initié en 2009 par un groupe de députés.

Toutefois, le projet a été placé sous le boisseau. Longtemps en désaccord avec la France à cause des dégâts engendrés par le colonialisme, l'Algérie a tout l’air de vouloir revoir les relations historiques avec ce pays.

Un contexte très particulier

La réunion du Conseil des ministres, qui se tiendra ce dimanche, coïncide avec un contexte très particulier : au moment où les hostilités ne cessent d'affluer de toutes parts. Le documentaire diffusé sur France 5 fait l'effet d'un cheveu dans la soupe. Il a suscité une réaction quasi-immédiate du gouvernement.

L’Algérie a décidé de rappeler son ambassadeur en France pour consultation au lendemain de la diffusion du film-documentaire « Algérie, mon amour ». Consacré au Hirak, le reportage a provoqué une grosse vague d’indignation chez les Algériens.

Cette réunion intervient, aussi, quelques jours après que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a décrété le 8 mai Journée nationale de la mémoire.

Lors de son discours, le chef de l’Etat a déclaré : « J’ai pris, à cette occasion, la décision d’instituer le 8 mai de chaque année Journée nationale de la Mémoire, de même que j’ai donné des instructions pour le lancement d’une chaîne télévisée nationale spécialisée en Histoire, qui constituera un support pour le système éducatif dans l’enseignement de cette matière que nous voulons maintenir vivace pour toutes les générations ».

Abdelmadjid Tebboune veut revisiter l'histoire coloniale

Un discours des plus poignants qui, à la veille du 8 mai, a ranimé la douleur liée aux massacres commis par l’armée française. Le président de la République a déclaré que « ces massacres ont mis à nu définitivement le véritable visage de la colonisation française. La répression sanglante et sauvage de la colonisation abjecte demeurera une marque d’infamie collée au front du colonisateur qui a commis, 132 durant, des crimes imprescriptibles à l’encontre de notre peuple malgré les multiples tentatives de les effacer ».

Pour le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, les actes barbares commis durant la colonisation française demeureront une plaie ouverte imprégnée par le sang versé. Il a attesté que « ce sont là des crimes commis contre l’humanité et contre les valeurs civilisationnelles, car fondés sur l’épuration ethnique ayant pour objectif de remplacer les populations autochtones par l’apport de populations étrangères ».

Pour rappel, le 10 avril dernier, l’Algérie avait exigé officiellement justice et réparation à la France pour les dégâts causés par les mines antipersonnel pendant la période coloniale. Ainsi, l’Algérie a soumis un rapport à l’Organisation des Nations Unies (ONU) mentionnant le nombre des victimes des mines interpersonnel que la France a posées durant la période coloniale. Au total, près de 9 millions de mines, depuis l’année 1956, ont coûté la vie à quelque 7 300 Algériens.

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