L'expert international en finances Raouf Boucekkine affirme, dans une interview accordée au quotidien Liberté et parue ce jeudi 4 juin, que le recours à la planche à billets est inévitable dans cette conjoncture de crise économique aiguë.

Raouf Boucekkine a plaidé pour le rachat de la dette publique qui est, selon lui, "une technique très éprouvée en Europe depuis la crise des dettes souveraines de 2012". Il affirme que c'est "le dispositif de rachat de dettes publiques européennes qui va sauver la zone euro". L'expert rappelle que c'est "un financement monétaire totalement assumé, d'autant que la menace déflationniste planait sur l'Europe".

Raouf Boucekkine indique que "la crise du Covid-19 a encore remis au goût du jour ce type de financements par la Banque centrale européenne (BCE)". Il explique que ce mode de financement est "de la planche à billets pur jus, mais convenez avec moi que planche à billets directe ou planche à billets indirecte (par rachat de dettes publiques et peut-être bientôt par annulation d’une partie de ces dettes), il n’y a pas d’autre solution, ni en Europe, et encore moins dans un pays englué dans un ensemble enchevêtré de crises comme l’Algérie"

L'expert en économie estime que "la Banque d’Algérie doit faire la même chose que les autres banques centrales". Il rappelle que "cela fait plus de trois ans que nous le prescrivons avec le professeur en économie Nour Meddahi". Raouf Boucekkine ajoute que "l'Algérie a toutes les bonnes raisons pour passer par le financement monétaire dans la période actuelle". Le professeur affirme que "les plus hauts dirigeants du pays essaient de cacher le soleil avec un tamis". Pour lui, affirmer que "le pays n'aura pas recours à la planche à billets est une escroquerie intellectuelle".

L'Algérie ne peut pas s’en tirer sans création monétaire

Raouf Boucekkine est catégorique : "Le pays ne peut pas s’en tirer sans création monétaire brute et brutale, qu’on l’appelle planche à billets ou pas. Ceci étant, tant qu'ils se contentent de plastronner et qu'ils laissent les experts compétents de la Banque d’Algérie calibrer les dispositifs, c'est déjà ça de gagné pour le pays. Cela évitera la frénésie des trois dernières années".

L'économiste ajoute qu'"il est aussi important que la coopération entre le Trésor public et la Banque d’Algérie se renforce sur des critères de moyen et long termes et des arbitrages assumés, et que ceux-ci s'imposent à la politique budgétaire du pays, le plus tôt serait le mieux".

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