Le général à la retraite emprisonné Ali Ghediri s'est adressé à Abdelmadjid Tebboune dans une lettre rendue publique lundi 15 juin. Le candidat à la présidentielle annulée du 18 avril 2019 a clamé son innocence et affirmé qu'il était victime de règlements de compte politiques de la part de certains décideurs qui ont un "besoin vital de satisfaire certains ego hypertrophiés, n’obéissant qu’à leurs instincts", faisant allusion ainsi à l'ancien chef des armée, Ahmed Gaïd Salah.

Détention abusive

Ali Ghediri est revenu, dans sa lettre, sur sa détention à la prison d'El Harrach et sur le prolongement de son mandat de dépôt, qu'il considéré comme abusif. Il indique : « Après une année de détention, l’on est venu me signifier, pour la quatrième fois consécutive, la prorogation, nonobstant la forme, de la durée de "confinement politique" auquel je suis soumis et désigné par euphémisme mandat de dépôt". Ali Ghediri ajoute que "cette mesure exceptionnelle que le législateur, conscient de l’usage abusif qui pourrait en être fait, a, par prévenance, soumise à des conditions strictes et bien définies". Il signale que "cet abus que je suis en train de subir dans ma chair, dans les geôles d’El Harrach au motif inavoué que ma présence sur la scène politique n’était pas sans incommoder certains décideurs".

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Instrumentalisation des institutions de l'Etat

L'ancien candidat à la présidentielle annulée du 18 avril 2019, s'adressant à Abdelmadjid Tebboune, dénonce l'instrumentalisation des institutions républicaines. Il explique que "dans tout pays où les garde-fous institutionnels font défaut ; sans de telles conditions, les ressentiments personnels et les ambitions inhibent les consciences et laissent libre cours à l’omnipotence pour s’imposer aux lieu et place des lois et règlements régissant l’ordre républicain. Il devient alors loisible aux maîtres du moment d’instrumentaliser les institutions et les organismes de l’Etat et d’en soumettre le fonctionnement à leur seul bon vouloir".

Emprisonnement sur décision politique de Gaïd Salah

Ali Ghediri rejette l'idée selon laquelle il est emprisonné par décision de justice. Ce serait, selon, lui "attenter à la compétence et à l’intégrité du corps des magistrats que d’admettre qu’il puisse s’agir d’une décision judiciaire prise sur la base de faits et charges dûment établis". Le général à la retraite assure que son emprisonnement "est d’une décision éminemment politique (...) car seule la politique se considère, quand elle est pratiquée dans de pareilles conditions, aux règles morales, non tenue".

Il signale que "d’honorables citoyens, serviteurs toute une vie durant de l’Etat, autant moralement intègres que patriotes engagés, se retrouvent arbitrairement taxés de traîtres à la Nation et, par la seule omnipotence des décideurs, sont jetés sans preuve aucune en pâture à la vindicte populaire, coupables de crimes qui n’ont d’existence que dans l’imaginaire des commanditaires".

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Ali Ghediri accuse l'ancien chef de l'armée Ahmed Gaïd Salah et son clan, sans les citer nommément, de s'en être pris à lui pour ce qu'il représente comme alternative. Il déclare : "Les charges les plus dénuées de sens et les plus irréelles sont alors avancées pour servir d’habillage juridique à une accusation qui prend racine dans le terreau fertile des pulsions individuelles, des calculs de basse politique et du besoin vital de satisfaire certains ego hypertrophiés n’obéissant qu’à leurs instincts."

Une candidature qui dérange

Ali Ghediri ajoute que "dans de pareils cas, l’avis contraire est perçu comme forcément subversif et tout opposant politique comme traître en puissance ; il en a été ainsi de ma candidature aux élections présidentielles avortées du 18 avril 2019: un droit citoyen appréhendé, par les décideurs du moment, comme un crime de lèse-majesté, une outrecuidance, un défi à leur suprême autorité en tant que gardiens autoproclamés du temple". Ali Ghediri affirme que ses détracteurs "ne pouvaient ni ne sauraient admettre cette manière d’envisager la politique. Ils ont trouvé en mes positions contre le cinquième mandat et en mon engagement ferme et résolu pour une nette rupture avec le système en place prétexte pour m’accabler d’accusations d’extrême gravité relevant de la haute trahison".

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Le général à la retraite conclut qu'"après une année de silence que je me suis imposé au seul regard de la situation du pays", cette lettre n'est " pas une imploration mais un appel pour une justice équitable, sereine et diligente qui puisse s’exercer sans injonctions d’où qu’elles puissent émaner".

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