L’élimination, le 5 juin dernier par les forces françaises, de l’émir d’AQMI, Abdelmalek Droukdel, fait encore réagir. L’historien et arabisant français Jean-Pierre Filiu a porté de graves accusations contre l’Algérie dans une tribune publiée, le 14 juin, dans le journal Le Monde. Le professeur des universités en histoire du Moyen-Orient à Sciences Po Paris jette le soupçon sur le rôle des autorités algériennes dans la facilitation des déplacements des chefs terroristes.

Jean-Pierre Filiu commence par se demander comment le jihadiste le plus recherché d’Afrique du Nord, Abdelmalek Droukdel, a-t-il pu traverser 2 000 kilomètres sur le territoire algérien avant d’être tué par les Français, au Mali, remettant en cause l’efficacité de l’appareil sécuritaire en Algérie.

L’historien français pose une série de questions troublantes mais surtout accusatrices: « Comment Droukdel, à la tête d’un maquis jihadiste dans les montagnes de Kabylie depuis deux décennies, a-t-il bien pu traverser l’Algérie du nord au sud ? Comment l’ennemi public numéro un des forces algériennes de sécurité est-il parvenu à franchir les quelque deux mille kilomètres d’un tel trajet ? Comment a-t-il pu esquiver les barrages et les contrôles d’un territoire aussi quadrillé ? De quelles complicités en termes de logistique et de transport a-t-il pu disposer pour accomplir une aussi longue traversée ? Comment, enfin, a-t-il pu franchir la frontière avec le Mali que l’armée algérienne est censée surveiller avec le plus grand soin pour justement éviter les infiltrations jihadistes sur son propre territoire ? »

Jean-Pierre Filiu estime que le mutisme des responsables algériens sur la mort de Droukdel « relance les interrogations sur la protection dont bénéficierait le Malien Iyad Ag Ghali, le plus puissant jihadiste du Sahel ». Et d’ajouter que « de telles facilités, forcément inavouables, participeraient d’un pacte de non-agression et auraient effectivement permis de protéger le Sahara algérien des attaques jihadistes. Plus généralement, les autorités algériennes, qui avaient échoué en 2012 à parrainer un accord entre Ag Ghali et Bamako, miseraient sur une médiation cette fois réussie au nord du Mali, quitte à y légitimer les groupes jihadistes ».

L’éditorialiste va plus loin, en affirmant que « l’arrivée du chef d’AQMI au Mali s’inscrit dans une très longue histoire de transfert de jihadistes algériens vers ce pays, où ils ont largement contribué à développer les réseaux terroristes, avant de les étendre dans toute la région ».

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