Le professeur en stratégie et spécialiste en financements internationaux Dr Lachemi Siagha a dressé un tableau sombre de l'économie algérienne et de ses perspectives. Il a affirmé, dans une interview donnée au site Algérie Eco et parue ce jeudi 25 juin, que l’Algérie serait tôt ou tard obligée de faire appel à la planche à billets et à l’endettement extérieur.

Dans son constat, le Dr Lachemi Siagh revient sur le manque de liquidité dans les banques, sur la chute des prix du pétrole et sur l'argent de l'informel. Il explique la crise de liquidité par le fait que « les banques publiques, qui ne disposaient pas de fonds prêtables longs, finançaient en dinars à très long terme jusqu’à quinze ou dix sept ans et à des taux d’intérêt bonifiés de gros projets mixtes pétrochimiques, de centrales électriques et de dessalement d’eau ou touristiques ».

Il ajoute à cela « les prêts astronomiques accordés aux oligarques à l’image des 211 000 milliards de centimes accordés à Ali Haddad et qui n’ont pas été remboursés ».  Lachemi Siagh indique qu'avec "la baisse drastique des prix du pétrole et la baisse constante de nos exportations en hydrocarbures, les problèmes de liquidité se sont aggravés".

Usant de pédagogie, le Dr Lachemi Siagh explique aussi que, " quand la Sonatrach vend son pétrole et gaz, elle dépose les dollars reçus à la banque centrale. Suite à quoi la banque centrale crée des liquidités en dinars pour la contre-valeur des dollars de la Sonatrach. La Sonatrach dépose alors les dinars reçus dans son compte à la BEA. Avec la crise pétrolière et les quantités vendues par la Sonatrach qui sont en nette diminution (pétrole et gaz), il y a moins de liquidités que la banque centrale injecte dans l’économie. De plus, quand la banque centrale paie les importations en devises, elle détruit l’équivalent en dinars de ces devises, d’où la crise de liquidité".

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Recours inévitable à la planche à billets et à l’endettement extérieur

Par ailleurs, concernant la planche à billets, Lachemi Siagh rappelle que "le financement monétaire entre 2018 et 2019 n’est pas venu pour soutenir la croissance économique et les projets productifs, justificatif avancé pour autoriser le recours à la planche à billets. Il est venu seulement en réponse à la dégradation des comptes publics. Ceci renseigne sur l’ampleur des dépenses non budgétisées et que le Trésor ne peut pas honorer".

Concernant cette option, le docteur contredit les déclarations officielles. Il affirme que "vu l’ampleur des crises économique, pétrolière et sanitaire en Algérie en 2020 et aux besoins récurrents non budgétisés au cours des prochaines années, il n’y a pas d’autres solutions que le recours, qu’on le veuille ou non, à la planche à billets".

Lachemi Siagh prévoit aussi le recours à l’endettement extérieur. Il affirme que "comme les réserves de change ont fondu comme neige au soleil et que les revenus pétroliers se sont effondrés, l’Algérie, malgré les dogmes qu’elle s’est imposés, sera forcée tôt ou tard de recourir aux emprunts extérieurs".

En réponse à Abdelmadjid Tebboune qui avait annoncé que l'’Algérie craignait "que sa souveraineté soit affectée en recourant aux financements extérieurs", le docteur affirme que "toutes les nations ont recours à la dette et aux financements extérieurs. Le levier est un outil puissant pour financer le développement lorsqu’on l’utilise à bon escient". Il ajoute qu'"il faut craindre pour sa souveraineté lorsqu’on applique une gestion opaque, une utilisation de l’argent des autres sans contrôles stricts et une affectation des emprunts pour financer l’épicerie".

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