Alors que la restitution, le 3 juillet, des crânes des résistants algériens a été saluée comme un événement historique et un exploit des autorités algériennes dans la communication officielle, il y a lieu de rappeler que la demande de restitution de ces crânes est antérieure à la prise de fonction de Abdelmadjid Tebboune en tant que chef d'Etat.

L'affaire des crânes des résistants algériens conservés dans des musées en France remonte à plusieurs années. Elle a fait l'objet de plusieurs pétitions lancées par des Algériens afin de les restituer. La première a été initiée par Ali Farid Belkadi, en 2011, suite à des travaux historiques qui ont révélé l’existence de ces crânes dans les sous-sols du Musée de l’Homme, à Paris. L'historien Farid Belkadi révélait que le Musée de l’homme de Paris conservait des fragments de corps depuis 1880, date à laquelle ils sont entrés dans la collection « ethnique » du musée.

La deuxième a été lancée en 2016 par le Pr Brahim Senouci. Une pétition qui n'a pas connu un grand engouement, puisqu'elle n'a été signée que par 1 300 personnes. A cette époque, l’Etat algérien n’avait pas encore formulé une demande de restitution de ces restes mortuaires. Pas même à la veille de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance, ni des soixante ans du déclenchement de la Guerre de libération nationale. L'Algérie n'a pas non plus formulé de demande de restitution d’autres objets de valeur historique détenus par l'ex-colonisateur.

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Première demande officielle en 2018 après la réponse favorable de Macron

En décembre 2017, l’Etat algérien a demandé à la France la restitution des crânes des combattants tués lors d'insurrections contre le colonialisme, au 19e siècle. Des crânes détenus par le Musée de l’Homme à Paris. Cette demande a été formulée à Emmanuel Macron lors de sa visite en Algérie. Elle faisait suite au discours du président français à Ouagadougou, au Burkina Faso, où il a donné son avis favorable aux restitutions d'objets du patrimoine africain.

Le président français Emmanuel Macron a été plus explicite dans sa conférence de presse à Alger, le 6 décembre 2017. Il a annoncé qu'il allait « accéder à une demande plusieurs fois réitérée par les pouvoirs publics algériens, d'avoir la restitution des crânes des martyrs algériens ». Emmanuel Macron avait déclaré : « J'ai pris la décision justement de procéder à cette restitution et le texte de loi nécessaire pour ce faire sera pris ». Il met ainsi fin aux sacro-saints « principes juridiques d'inaliénabilité et imprescriptibilité des collections publiques ». Les autorités algériennes ont alors formulé une demande officielle par l’intermédiaire de l'ambassadeur d’Algérie en France au début du mois de janvier 2018.

Ainsi, la restitution des crânes d'opposants algériens décapités par l'armée coloniale est passée par plusieurs étapes avant d'être concrétisée. Une démarche qui a commencé par la société civile, qui a devancé les autorités politiques de plusieurs années. Reste à savoir si dans cette dynamique, les décideurs mettront la pression sur l'Etat français pour récupérer les archives algériennes détenues par les anciens colonisateurs.

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