Le Pr Kamel Bouchenak, chef du service des urgences médico-chirurgicales au CHU de Sétif, a alerté sur la gravité de la situation que traverse l’hôpital dans une interview parue au journal Liberté, ce lundi 6 juillet. L'expert et membre de l’Académie française de chirurgie générale affirme que depuis la recrudescence de la pandémie dans la wilaya, les praticiens se sont retrouvés dans une impasse et que la panique totale s'est installée.

Le professeur indique que « depuis plus de trois mois et plus exactement depuis mai, l’on assiste à une hausse notable du nombre de personnes contaminées à Sétif ». Il ajoute que "jusqu’au Ramadhan, la situation semblait maîtrisée, cependant, le personnel soignant commençait à éprouver une certaine panique". Le professeur précise que "c'est à ce moment-là qu’il aurait fallu intervenir intelligemment et s'organiser de façon méthodique en mettant tous les moyens existants quant aux mesures de prophylaxie, aux soins et au déploiement de personnels pour éviter le pire".

Kamel Bouchenak regrette le comportement des autorités, car, selon lui, "elles devaient sévir et interdire les regroupements". Il constate que "dès la fin du mois sacré, le nombre de personnes contaminées a flambé à cause de l’ouverture des commerces, et c’est la panique totale qui s’installe". Le professeur affirme que "les responsables locaux semblent ignorer l'ampleur et la gravité de cette pandémie. Les praticiens se sont retrouvés dans une impasse. Ils ne savaient que faire car le manque de moyens de protection, de lits d’hospitalisation et de lieux de confinement était apparent".

À lire aussi :  Le nombre de migrants clandestins vers l'Europe en forte hausse

Les responsables ont brillé par leur absence

Kamel Bouchenak révèle que dès la flambée de contamination, "les choses ont commencé à se faire anarchiquement". Il indique que "chacun fait ce qui lui semble bon à son niveau sans aucune coordination". Le professeur affirme qu'au moment le plus délicat de la crise sanitaire, l’hôpital a connu "une fuite des personnels médical et paramédical - par peur d'être contaminés- et une fuite en avant des responsables".

Il signale que "les autorités et les élus locaux n’ont jamais mis les pieds dans le CHU pour voir ce qui s’y passait. Les responsables de la santé de la wilaya ont, comme toujours, brillé par leur absence, laissant les médecins faire n'importe quoi, et à un moment donné, on ne faisait rien. On nous disait qu’il fallait attendre les instructions de la tutelle (nous avons eu 19 ou 20 instructions) qui, souvent, ne s'adaptaient pas à nos moyens sur place et, du coup, c’était la catastrophe".

L’hôpital de Sétif submergé, le personnel à bout de souffle

Le professeur témoigne : "Au service que je dirige en tant que professeur de chirurgie générale, je me retrouve par la force des choses à prendre en charge quotidiennement plus d’une trentaine de malades graves, atteints de Covid-19. Je n’exagère pas si je vous dis qu’ils sont tous en détresse respiratoire et que leur vie ne tient qu'à une bouffée d'oxygène dont le débit est bas avec des coupures parfois".

À lire aussi :  Allocation touristique : Que peut faire un touriste algérien avec 100 euros ?

Il atteste que "par manque de lits et d’espace, certains d’entre eux sont allongés à même le sol. La situation est intenable, voire catastrophique. C’est une situation humainement inacceptable. On enregistre aussi un manque flagrant de personnel soignant. Pas moins de 18 aides-soignants sont contaminés et 4 médecins sont libérés pour confinement. Nos troupes sont épuisées et je n’exagère pas quand je parle de burn-out".

Moyens rudimentaires

Kamel Bouchenak ajoute que "la situation est toujours dramatique, le service des urgences médicales est saturé par des malades Covid-19 dont le pronostic vital est engagé : certains occupent des espaces non conformes aux soins, l'oxygène est à très bas débit et il y a un manque de personnel soignant". Il déplore : "Le service tourne avec 2 infirmiers pour 30 patients ; les conditions d'hygiène laissent à désirer ; il y a un seul agent de service par 24 heures ; les personnes accompagnant un malade et les visiteurs rentrent et sortent librement sans aucune mesure de sécurité, ce qui aggrave davantage la situation et augmente les contaminations".

Le professeur s'en prend à l'administration et alerte sur la situation intenable de l’hôpital. Il avertit qu'"actuellement, la situation est chaotique, et il me semble que l’administration est indifférente ou incapable de surmonter cette situation. Les services en amont ne jouent pas leur rôle pour transférer les malades du service des urgences médicales vers les services dédiés à cette maladie".

À lire aussi :  Agression de Salman Rushdie : Ce que l'on sait et son état de santé

Lire aussi : Coronavirus en Algérie : L’hôpital de Sétif au bord de l’effondrement