Abdelmadjid Tebboune est revenu, dimanche 19 juillet, dans une entrevue avec des médias sur les questions d'actualité. Face à des journalistes acquis à ses thèses, il a discouru pendant presque une heure sur la situation économique du pays, les agressions contre les médecins, l'argent détourné, la bureaucratie ainsi que les mesures prises contre la pandémie de coronavirus.

Les contours de la "nouvelle Algérie", selon Tebboune

Sur le plan politique, Abdelmadjid Tebboune a d'emblée annoncé sa volonté de "rétablir la cohésion entre le peuple algérien". Il a plaidé pour "une rupture définitive entre le passé et le présent en vue de construire un avenir qui soit le prolongement du présent". Il a déclaré que "l'objectif de l'Algérie nouvelle est le salut de la patrie, qui est un devoir national et un droit pour tous les Algériens, et tout un chacun est le bienvenu pour contribuer à sortir de la situation que vit le pays et mettre fin à la mentalité de l'exclusion pour la simple raison d’un changement dans le poste de responsabilité".

Abdelmadjid Tebboune, comme à son accoutumée, a lancé des attaques à des parties non-identifiées pour leur incomber certains échecs. Il indique que "les choses progressent bien", en dépit de "certaines personnes, qui, en raison de leur manque de foi et de nationalisme, tentent de semer la zizanie et d’affaiblir le pays".

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Ainsi, pour Abdelmadjid Tebboune le changement passe par "une nouvelle Constitution qui tire les enseignements de toutes les précédentes pour être consensuelle et pérenne", mettant en avant l’impératif de parvenir à des lois garantissant la moralisation de la vie politique et économique.

Le citoyen au cœur de la lutte contre la corruption

Abdelmadjid Tebboune a exhorté les citoyens à dénoncer tout dérapage et à défendre leurs droits dans le cadre de la loi. Évoquant l'importance de séparer l'argent du pouvoir, le chef de l'Etat estime que l'argent sale donne lieu à des "institutions faibles". Il a affirmé que "la concurrence doit être sur la base des idées, de la crédibilité et de l'intégrité en laissant le choix au citoyen".

Cependant, Abdelmadjid Tebboune ne s'est pas exprimé sur les nombreux lanceurs d'alerte qui se retrouvent en prison pour avoir dénoncé la corruption.

Tebboune opte pour le tout-répressif concernant "les agressions du corps médical"

Tebboune a annoncé la promulgation d'"une loi rigoureuse", la semaine prochaine, visant la protection des corps médical et paramédical ainsi que des fonctionnaires des hôpitaux. Il déclare : "En tant que personne, que citoyen et président, ça me peine que des médecins et des infirmiers, qui n'ont pas vu leurs enfants depuis quatre mois, soient victimes d’agressions". Tebboune a qualifié les éléments du corps médical de "véritables moudjahidine", usant ainsi d'un langage théocratique.

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Il avertit que toute agression contre le personnel médical, qu’elle soit physique ou verbale, exposera son ou ses auteurs à des peines sévères "oscillant entre 5 et 10 ans de prison ferme".

Dans ce registre, ni les journalistes ni le président n'ont évoqué la situation catastrophique dans laquelle pataugent certains hôpitaux. Une situation que le corps médical, les activistes politiques et les malades ne cessent de dénoncer, notamment depuis la crise sanitaire.

Tebboune dénonce la bureaucratie

Abdelmadjid Tebboune a qualifié de "grande honte" le retard accusé dans le versement de la prime exceptionnelle aux personnels de la santé impliqués dans la lutte contre le coronavirus. Il promet que l'Etat "fera face à cette bureaucratie" qui est, pour lui, une "sorte d’indifférence dans l’exécution à bas niveau de responsabilité".

Tebboune affirme que c’est la bureaucratie qui est à l’origine du retard accusé également dans le versement des allocations accordées aux personnes impactées par la pandémie. Il rappelle qu'"alors qu’on est censés être au troisième versement, il y a des citoyens qui n’ont pas encore reçu la première tranche". Dans ce volet aussi, Abdelmadjid Tebboune n'explique pas sa stratégie de lutte contre la bureaucratie et n'annonce aucune mesure contre cette dernière.

Tebboune veut lutter contre l'argent sale

Abdelmadjid Tebboune a aussi indiqué qu'il voulait réformer l'économie nationale. Il affirme qu'il va procéder à des "changements radicaux" pour libérer l'économie de "la mentalité rentière". Abdelmadjid Tebboune affirme que "l’économie ne peut demeurer dépendante des hydrocarbures". Il ajoute que "la véritable relance de l’économie nationale requiert l’établissement d’un contrôle à travers des institutions fortes" et que la relance de l’économie exige "l’assainissement, la lutte contre la corruption et la récupération des fonds détournés".

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Un discours qui devient redondant ces dernières années pendant que l'économie sombre et les ressources du pays s'épuisent. Les lois sur les hydrocarbures ainsi que la loi de finances complémentaire sont des indicateurs des contradictions entre les discours et les mesures concrètes.

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