Les frères Kouninef, sulfureux oligarques de l'Algérie de ces dernières années, seront jugés ce 9 septembre pour plusieurs chefs d'accusation liés à la corruption. Aujourd'hui, nous allons tenter de nous intéresser de plus près à l'ascension ainsi qu'à la chute de cette famille très proche de l'ancien chef de l'État, Abdelaziz Bouteflika.

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Les amis de Bouteflika

L'histoire des Kouninef débute avec leur père, Ahmed Kouninef, entre les années 1970 et 1980. Celui-ci vit alors entre l'Algérie et la Suisse et est un homme d'affaires en plein essor. Il a notamment créé la société familiale KouGC au début des années 1970. Ahmed Kouninef est également un proche ami de Abdelaziz Bouteflika qu'il a aidé à l'époque où ce dernier était en pleins déboires avec le gouvernement de Chadli Bendjedid et était poursuivi pour détournement de fonds par la Cour des comptes. Cette aide fera naître une solide amitié entre les deux hommes qui durera même au-delà de la mort d'Ahmed Kouninef, survenue en 2006.

Son fils cadet, Rédha Kouninef, est propulsé à la tête de KouGC en 2004 et devient un protégé de Bouteflika après la mort de son père. Cette proximité avec le chef de l'État, ainsi qu'avec son frère et conseiller Saïd Bouteflika, permettra à Rédha Kouninef de décrocher plusieurs projets pour sa société, spécialisée essentiellement dans le bâtiment, les travaux publics ainsi que l'hydraulique.

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KouGC bénéficiera également de crédits se chiffrant à plusieurs milliards de dinars et Rédha Kouninef n'hésite pas à investir sa fortune pour soutenir Abdelaziz Bouteflika. Ainsi, en 2014, il met pas moins de 4 milliards de centimes pour financer la campagne de Abdelaziz Bouteflika à un quatrième mandat, alors que le chef de l'État était grandement diminué par la maladie et n'était plus en mesure d'assumer ses fonctions de président.

La chute

La chute des frères Kouninef, comme celle d'autres oligarques proches de Bouteflika, survient dans le contexte des manifestations populaires qui ont poussé l'ex-chef de l'État à la démission, en 2019. D'abord visés par une interdiction de sortie du territoire national à partir du 1er avril 2019, les frères Kouninef sont arrêtés le 21 du mêm mois, soit une vingtaine de jours après la démission de Abdelaziz Bouteflika, qui était leur protecteur depuis de nombreuses années.

Ils ont été placés en détention pour des affaires de corruption et de trafic d'influence. L'enquête diligentée par la justice a révélé l'étendue de leur empire financier qui touche des domaines divers, tels que le bâtiment et l'hydraulique, mais aussi les télécommunications. Les frères Kouninef auraient, entre autres, transféré pas moins d'un demi-million de dollars vers l'étranger, en violation de la législation algérienne concernant les mouvement des devises de et vers l'Algérie.

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Ils auraient également bénéficié, de par leur proximité avec l'ancien chef de l'État, de larges avantages pour l'obtention de plusieurs projets. L'ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, déjà condamné dans plusieurs affaires de corruption, aurait facilité l'obtention par les frères Kouninef d'un projet d'huilerie dans la wilaya de Jijel et aurait intervenu personnellement pour l'octroi de crédits bancaires pour la réalisation de ce projet.

Des dossiers secrets

Les frères oligarques auraient aussi bénéficié de traitements de faveur de la part de l'ancienne ministre de la Poste et des Télécommunications, Imène Houda Feraoun. Leur procès, qui était prévu pour le 19 août dernier, a été reporté d'abord pour le 2 septembre dernier, avant d'être de nouveau reprogrammé pour le 9 septembre.

Ce report a été demandé par la défense qui a indiqué qu'elle n'avait pas pu avoir accès à une quinzaine de documents secrets concernant les frères Kouninef. Si l'on ignore encore le contenu de ces dossiers, les avocats des accusés ont indiqué que leur contenu représentait "la boîte noire du procès".

En tout état de fait, le procès, qui se déroulera ce 9 septembre, risque, et c'est le moins que l'on puisse dire, d'apporter son lot de révélations sur les Kouninef, dont on n'en sait encore que très peu, du fait que ces derniers ont préféré bâtir leur empire dans l'ombre avec le concours d'un autre homme de l'ombre, en l'occurrence Saïd Bouteflika.