Les dernières décisions du chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, ne font pas l’unanimité parmi la classe politique. Hormis la libration de détenus, qui est accueille avec une grande satisfaction, le remaniement ministériel ainsi que la dissolution de l’APN sont considérés comme des manœuvres politiciennes visant à gagner du temps.

Les organisations de la société civile qui ont réagi à ces décisions regrettent le maintien de la feuille de route du chef de l’Etat dans cette conjoncture qui nécessite de véritables décisions de changement. Pour La Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), la libération de détenus politiques et d'opinion n’est que la réparation d’une injustice après plusieurs mois de détention arbitraire.

La ligue, insatisfaite, déclare : « Nous attendons d’autres gestes plus concrets sur le plan du respect des libertés, des droits humains, de l’ouverture démocratique et des champs politique et médiatique, à même de prémunir les activistes pacifiques d’autres arbitraires à l’avenir ».

Les partis politiques d'opposition insatisfaits

De son côté, le RCD, par la voix de son député Atmane Mazouz, affirme que le chef de l’Etat est passé à côté des véritables revendications populaires. Le RCD soutient que Abdelmadjid Tebboune a « ignoré ostensiblement les attentes des Algériens, qui manifestent depuis février 2019 pour le départ du système ». Atmane Mazouz rappelle que les Algériens attendaient de « vraies solutions qui leur permettront de décider souverainement de leur destin ». Et d'ajouter : « On ne sent aucune volonté chez le chef de l’Etat (…) de se soustraire de sa dépendance d’une feuille de route contre-révolutionnaire pour permettre au peuple de vivre harmonieusement et pleinement en démocratie ».

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Par ailleurs, Zoubida Assoul, présidente de l’UCP, a accueilli avec une grande satisfaction la libération de détenus d'opinion. Cependant, elle est déçue du remaniement ministériel. Elle rappelle : « J’ai fait une proposition de sortie de crise relative au départ du gouvernement dans son ensemble et la nomination d’un autre de compétences nationales, car le pays n’est pas vraiment géré ». Zoubida Assoul estime qu’« en dépit de ces décisions, le problème politique est toujours de mise ». Elle affirme que la « libération des détenus est une bonne chose, mais la crise politique nécessite un dialogue sérieux avec toutes les parties inclusives pour essayer de trouver une solution ».

Passage en force pour le PAD

Pour sa part, le Pacte pour l’alternative démocratique (PAD), regroupant plusieurs partis politiques, a dénoncé le maintien de la feuille de route des décideurs. Le PAD indique : « Nous constatons, hélas, après le discours du chef de l’Etat, que la demande populaire de changement démocratique radical est loin d’être entendue et que la contre-révolution autoritaire ne lâche pas prise ».

Il souligne « la persistance obstinée du pouvoir à imposer un agenda visant à restaurer le système autoritaire par un nouveau coup de force électoral adossé à de multiples subterfuges clientélistes et étroitement encadré par le dispositif policier habituel ». Cette feuille de route qui consiste en la dissolution de l'APN et l'organisation d'élections législatives anticipées est décidément rejetée par l'opposition en Algérie.

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Des personnalités et partis proches du pouvoir satisfaits

La libération de détenus d’opinion a été positivement accueillie par les partis et les personnalités politiques. L’ancien ministre Abdelaziz Rahabi a qualifié cette décision de « geste d’apaisement attendu du président de la République ». Il a affirmé que cette mesure « donne l’espoir d’une perspective d’ouverture politique plus large ». Cependant, Abdelaziz Rahabi considère ce geste comme insuffisant. Pour l'ancien ministre, « les pouvoirs publics doivent saisir cette opportunité pour mettre en place toutes les conditions légales pour que la privation de liberté pour l’expression d’une opinion ne se reproduise plus dans notre pays, rappelant qu'« il appartient à l’État de veiller à la préservation du droit du citoyen à la liberté et à la dignité ». Il conclut qu’« en toutes circonstances, seuls le dialogue, la concertation et le respect mutuel sont de nature à établir la confiance, à assurer la stabilité et à favoriser l’avènement d’une Algérie plus juste et plus forte ».

Par ailleurs, du côté des organisations et partis proches des cercles du pouvoir, l'on est unanime à affirmer sa satisfaction. L’Organisation nationale des Moudjahidine (ONM) a exprimé sa « grande satisfaction » quant à la décision de grâce présidentielle en faveur de détenus d’opinion.

Le MSP a également approuvé la démarche de Tebboune. Le parti islamiste a salué les décisions du chef de l’Etat, à commencer donc par « la grâce décidée en faveur des détenus politiques, (puis) la création de partis politiques et associations à travers une simple notification outre son (Tebboune) engagement quant aux causes internationales justes, notamment la cause palestinienne et le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination ».

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Les activistes du Hirak mitigés

Concernant les activistes du Hirak, la satisfaction est relative. L’avocat Abdelghani Badi est dubitatif : « Tout en étant très content de la libération des détenus, je me demande : est-ce que les délibérations pour leur remise en liberté ont eu lieu au niveau des cours, des chambres pénales ou des chambres d’accusation ? » s'interroge-t-il. L’avocat considère que ces libérations perdent leurs sens si les arrestations continuent. Il rappelle que « le 2 janvier 2020, ils ont libéré plus de 70 détenus d’opinion, une semaine après, ils ont repris leurs pratiques. Ils n’ont pas de parole ». L'homme de droit estime que « si la crise politique n’est pas réglée, et les libertés et droits civiques et politiques ne sont pas consacrés, les arrestations et les dépassements monteront en cadence ».

Un autre activiste et ancien détenu abonde dans ce sens. Il s'agit de Fodil Boumala. Ce dernier remet en cause les décisions de la justice. « Drareni et Nekkaz quittent la prison à l’instant (vendredi soir, ndlr). Le premier a été jugé par Tebboune et Belhimer avant la justice, le second a été comme beaucoup d’autres une victime de Gaïd Salah »

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