L’ancien président du Rassemblement pour la culture et la démocratie, Saïd Sadi, a affirmé que son ancien parti ainsi que le FFS avaient pactisé avec le mouvement islamiste Rachad. Le leader démocrate s’est exprimé dans une nouvelle contribution postée, ce mardi 23 février, sur sa page Facebook. Il a également commenté l'actualité politique et analysé le Hirak.

Saïd Sadi a commencé sa contribution par un constat sur la révolte populaire (Hirak). Il considère que « le régime est toujours en place mais la rue algérienne s’est réveillée. Pourquoi ce potentiel citoyen peine-t-il à accoucher d’une alternative à la mesure de son exceptionnelle vigueur ? Faut-il se résigner à voir un miracle devenir mirage ? Vitales, ces questions ne peuvent et ne doivent plus être différées car face à une impasse chaque jour plus périlleuse, la classe politique déboussolée réagit à contre-temps ».

Les mesures de Tebboune « insuffisantes »

L’ancien président du RCD a tenu à relativiser les dernières mesures de Abdelmadjid Tebboune. « Venue avec la dissolution d’une assemblée nationale qui continuait à siéger toute honte bue alors que le peuple investissait la rue pour un changement de système, la libération de certains détenus d’opinion, jeunes pour la plupart, est accueillie par la population avec un soulagement compréhensible. On ne peut donc que se réjouir avec les internés qui ont retrouvé leurs proches. De là à affirmer que ces élargissements sont des signes intangibles d’une volonté d’ouverture comme le suggèrent certaines voix, c’est aller un peu vite en besogne », a-t-il indiqué.

Remaniement « cosmétique » du gouvernement

Saïd Sadi rappelle que « d’autres citoyens sont toujours injustement emprisonnés ; ensuite parce que l’agenda des procès programmés pour museler les esprits autonomes reste en vigueur ». Il ajouté que « le remaniement cosmétique du gouvernement qui a vu l’élimination du ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, l’un des rares hommes à mériter sa place, laisse penser que les coteries claniques sont toujours à l’œuvre, ce qui donne un avant-goût de la façon dont seront organisées les prochaines législatives. A priori et on ne peut que le déplorer, il n’y a rien de nouveau sous le soleil algérien, si tant est que le soleil soit prévu par la météo politique du système ». « Il ne faudrait donc pas que cette décision, du reste tardive et incomplète, voile l’essentiel qui demeure la sortie d’un ordre politique qui a dilapidé le patrimoine symbolique, asséché les ressources naturelles et dévitalisé le potentiel humain de la nation. Faire le point sans polémique mais sans tabou permettrait de voir quelles issues restent encore possible pour l’Algérie », assène l’opposant politique.

Changement de stratégie du pouvoir

Il a ajouté, plus loin, que « l’absence de débat, la peur du changement ou les calculs politiciens conduisirent les états-majors politiques à une lecture myope de l’insurrection citoyenne, ce qui les amena à des déclarations, des comportements ou des décisions en décalage et même en opposition avec la dynamique citoyenne. Relisons rapidement les postures des acteurs officiels. Dans un premier temps, le pouvoir ne manqua pas de condamner la traditionnelle main des ennemis de l’Algérie. Devant l’échec de leur répression, les décideurs durent rapidement changer de tactique. Ils prétendirent avoir entendu l’appel du peuple et promirent même de l’accompagner tout en travaillant méthodiquement à l’étouffer ».

« Le RCD et le FFS ont pactisé avec Rachad »

Saïd Sadi n’a pas été tendre avec son ancien parti ainsi que son rival. Il s’est frontalement attaqué aux deux, les accusant d’avoir abandonné le combat démocratique. « Les deux principaux partis se revendiquant de la démocratie restèrent muets au moment où les idées qui les ont fait naître irriguaient la revendication populaire. Un mutisme et une stérilité qui laissa pantois plus d’un. Était-ce une surprise ? Pas vraiment. Pour des raisons que l’Histoire aura à élucider, le renoncement au projet démocratique et le tropisme islamiste couvaient depuis quelques années. Des gestes et des actes qui s’avèreront être des marqueurs d’une profonde mutation politique avaient surpris plus d’un observateur. Membre notoire du GIA, Layada fut invité au siège national du FFS et le RCD pactisa officiellement avec l’organisation Rachad », a-t-il affirmé.

Pourquoi le changement de positions ?

Saïd Sadi estime qu'il « faudra beaucoup de temps et d’investigations pour percer les raisons de ces retournements et les conditions de leur genèse. Contre toute attente, le militantisme à contre-emploi avançait sournoisement. On commença par suggérer que le congrès de la Soummam, source originelle du souffle rationaliste qui oxygéna le patriotisme algérien, étant clivant, il convenait de s’en démarquer». Il ajoute que « plus tard, l’arrêt du processus électoral de 1991 fut renié…Cette volteface n’eut aucun effet sur le terrain. Le 27 décembre 2019, des milliers de manifestants brandissant les posters d’Abane Ramdane relièrent la révolution de février à la matrice soummamienne ».

Les deux partis ont tourné le dos à la rue

Le Dr Sadi explique que « privé de deux principales têtes politiques qui avaient la légitimité pour créer les conditions d’une traduction démocratique du soulèvement citoyen, le mouvement fit du sur place ». Il ajoute que le tournant a eu lieu « le jour où, autre miracle, la rue appela à la désobéissance civile ».

Saïd Sadi rappelle que « lorsque, parmi d’autres, l’auteur de ces lignes invita à assumer cette proposition si on ne voulait pas voir la révolution s’étioler, les attaques les plus outrancières vinrent de ceux qui étaient supposés anticiper l’adaptation des luttes». Il explique que « l’épidémie islamo-populiste avait bel et bien contaminé le camp démocratique. L’élite organique ne se contenta pas de démissionner, elle était ouvertement investie dans la contre-révolution ».