L'université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou est gangrenée par les fléaux sociaux. Les étudiants, les enseignants et le personnel de cet établissement universitaire ne cessent de dénoncer cette situation sans que des mesures soient prises. Ce mardi 23 mars, l’enseignant au département d’économie Belkacem Boukhrouf a tiré la sonnette d'alarme sur sa page Facebook. Il est allé jusqu'à demander de débaptiser cette université pour préserver le nom de Mouloud Mammeri. Nous l'avons contacté afin de connaître les tenants et aboutissants de ce cri d'alarme. L’enseignant engagé a bien voulu répondre à nos questions avec beaucoup de franchise.

Observ’Algérie : Vous avez tiré la sonnette d'alarme sur la situation de l'université. Pour quelles raisons?

Belkacem Boukhrouf : Effectivement, j'ai eu à réagir, dans les réseaux sociaux, sur la situation intenable qui prévaut à l'université. Jadis espace de savoir et de luttes démocratiques, elle est en passe de devenir un antre de tous les vices et fléaux. Depuis maintenant plusieurs années, elle est tenaillée par les mâchoires d'une bande de malfaiteurs, qui a tout l'air d'être très organisée, qui sème la terreur dans les espaces pédagogiques et dans les cités universitaires. De la drogue et de l'alcool se vendent au vu et au su des responsables. Des espaces pédagogiques et de recherches sont squattés par des éléments de cette bande pour s'adonner à leur commerce : drogue et prostitution.

Pour l'instant, je peux vous dire qui sont les victimes de ce pourrissement : c'est la communauté universitaire. En premier lieu, les étudiants sont doublement victimes. D'un côté, ils sont exposés au marché dangereux de la consommation des stupéfiants et, naturellement, ils sont devenus la première clientèle de ce marché juteux. De l'autre, ils subissent quotidiennement la violence et les guerres des gangs devenus monnaie courante et épisode récurrent de notre quotidien.
Les enseignants et les fonctionnaires sont également victimes de ces fléaux qui accentuent la violence et l'intensifient. Le climat est anxiogène. Pour ce qui est de la responsabilité, je pense sincèrement que le rectorat est, jusque-là, le garant de l'intégrité morale et physique de la communauté universitaire. Des hommes et des femmes sont logiquement payés pour agir, dénoncer et sanctionner en mobilisant les moyens nécessaires à la sécurité interne de l'enceinte universitaire et en appliquant les dispositions réglementaires contre les éléments identifiés de cette petite mafia du douar.

Les enseignants et les étudiants sont-ils organisés pour faire face à ce marasme ?

Oui. Depuis plusieurs années, les parties prenantes de la communauté universitaire ont tenu à dénoncer cette situation et à interpeller les tutelles. Les étudiants, largement victimes, quoique des membres connus de ces réseaux soient issus de leurs rangs, ont souvent agi contre ce fléau. La plus remarquée des actions est celle des étudiants du département anglais qui avaient décidé de remettre leurs cartes d'étudiant au premier responsable de l'université en guise de protestation, tout en suspendant leur scolarité, pour que des mesures soient prises. J'ai personnellement écrit à maintes reprises à plusieurs compartiments de l'université et interpellé les services de sécurité sans que cela donne un effet.

Certains disent que ce qui se passe à l’intérieur concerne juste l'université, que les services de sécurité ne peuvent pas intervenir en raison du respect des franchises universitaires...

Les franchises universitaires ont été établies pour protéger les libertés académiques et la liberté de penser, mais pas pour protéger les fossoyeurs du campus universitaire. Il faut savoir dissocier présence policière et contrôle sécuritaire. Les services de sécurité ont toujours agi, de façon anonyme, pour contrôler l'action politique et syndicale à l'intérieur de l'espace universitaire et ils peuvent user de mêmes dispositifs pour mater ces caïds d'un nouveau genre.
Leur responsabilité est engagée. La situation est gravissime pour s'accommoder de telles tergiversations et de tels faux-fuyants. On peut lutter contre l'insécurité sans militariser ou capitaliser l'espace universitaire. Il est exigé des services de sécurité d'agir contre une bande mafieuse organisée contrôlant un marché florissant et dangereux, pas venir contrôler l'espace universitaire.