A la veille de la visite officielle que devait effectuer le Premier ministre français, Jean Castex, à Alger, avant qu'elle ne soit reportée, un ministre du gouvernement algérien a fait, jeudi 8 avril, une déclaration fracassante au Conseil de la nation, en qualifiant la France d'« ennemi traditionnel et éternel » de l’Algérie.

En réponse à une question d'un sénateur sur le déficit que connaît la Caisse nationale des retraites (CNR), le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Hachemi Djaâboub, n'a pas raté l'opportunité pour placer une phrase, pour le moins hors contexte, rien que pour citer la France. En effet, tout en faisant le parallèle entre la crise qui secoue la Caisse nationale des retraites (CNR) et la situation de celle de la France, le ministre algérien a trouvé le moyen de placer un passage dans sa réponse qui ne cadre aucunement avec le contenu de la question posée par le sénateur.

« Pour ce qui est du déficit de la CNR, je voudrais dire que toutes les caisses de retraites dans le monde souffrent. Je peux donner quelques chiffres qu’on peut vérifier sur Internet, notre ennemi traditionnel et éternel, la France, a un déficit de 44.4 milliards d’euros dans sa caisse des retraites », a lâché le ministre, jeudi, en pleine séance de travail au Conseil de la nation consacrée aux questions des sénateurs au gouvernement. Cette sortie de Hachemi Djaâboub, membre du Conseil national du parti islamiste Hamas de Abderrezak Mokri, désigné il y a moins d'une année dans le gouvernement Djerad, a suscité de nombreuses réactions.

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Une déclaration hors contexte

Pour de nombreux observateurs de la scène politique algérienne, cette sortie inattendue du ministre algérien, à moins de quarante-huit heures de la visite officielle du Premier ministre français, Jean Castex, à Alger, avant qu'elle ne soit reportée en fin d’après-midi de la même journée, n'est pas innocente. « C'est une déclaration qui porte un cachet partisan car ce ministre qui est un cadre influent au sein du parti Hamas, veut susciter de l’adhésion au sein d'une partie de l'opinion publique à deux mois des élections législatives », commente un citoyen sur l'une des nombreuses pages Facebook qui ont partagé la vidéo du ministre, dont la déclaration a été retransmise en direct sur la télévision publique algérienne (EPTV).

« Les islamistes, notamment ceux des Frères musulmans, comme ce ministre de Hamas, sont connus pour leur populisme et surtout leur hypocrisie. Ils ont toujours adopté la politique du double face, en se proclamant opposants au pouvoir tout en ayant un pied dans ce même pouvoir à travers les postes de ministres et autres hautes fonctions dans les institutions », ajoute un autre. Pour d'autres observateurs, « cette sortie intrigante de Djaâboub, plusieurs fois ministre dans les gouvernements du président déchu Abdelaziz Bouteflika, va à contre-courant des positions des plus hautes autorités de l'Etat algérien vis-à-vis de leurs homologues français ».

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Pour eux, depuis son arrivée au pouvoir, en décembre 2019, le chef de l'Etat, Abdelmadjid Tebboune, n'a pas cessé de mettre en exergue la qualité des relations bilatérales entre la France et l’Algérie. En effet, pas plus tard que le 20 février dernier, « les présidents algérien et français, Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, sont convenus, de dynamiser la coopération entre leurs deux pays, lors d’un entretien téléphonique », selon un communiqué de la présidence française. Il s’agit du premier échange entre les deux dirigeants depuis le retour de Tebboune d’Allemagne, où il a été longuement soigné pour des complications post Covid-19.

Ils ont décidé de « poursuivre la coordination entre les deux parties en vue de booster la coopération bilatérale dans divers domaines et rapprocher les vues sur certains dossiers », ajoute la présidence française. Des dossiers qui devaient être étudiés lors de la visite du Premier ministre français Jean Castex le 10 avril à Alger, avant que cette dernière ne soit reportée moins de quarante-huit heures avant la date prévue.