Les alertes sur les atteintes à la liberté de conscience en Algérie se sont multipliées après la condamnation de l’islamologue Saïd Djabelkhir à 3 ans de prison. Les activistes, citoyens et intellectuels tirent la sonnette d'alarme sur cette situation. Parmi ceux qui avertissent sur l'avancée de l'obscurantisme et ses dangers sur les libertés, on trouve l’écrivain Kamel Daoud. Ce dernier prévoit, dans une contribution parue ce samedi 24 avril sur les colonnes du journal Liberté, une recrudescence de ces condamnations.

L’écrivain fait d'emblée un constat alarmant sur l'avancée de l'obscurantisme dans la société. « La condamnation de cet universitaire au brillant parcours rappelle la réalité du terrain, là où sont les pouvoirs aujourd’hui, comment ils s’organisent, avancent et s’allient », écrit-il. Kamel Daoud s'en prend ensuite aux démocrates : « On ne verra d’ailleurs jamais un prêcheur islamiste en attaquer publiquement un autre, mais il est d’usage que les “démocrates” sont cannibales, aiment se dévorer les uns les autres, férocement. L’effet d’escamotage est alors parfait ».

L'impunité de l'imam ayant appelé à l'assassinat de l’écrivain

L’écrivain rappelle l'impunité dont jouit un imam ayant appelé à son assassinat. Il témoigne : « Il y a quelques années, lorsqu’un agitateur islamiste appela à la mort de l’auteur de ces lignes, la justice avait conclu à un premier verdict de “six mois de prison ferme” vite contesté par cet “imam” instigateur de crime. Au second procès, la cour, à Oran, déclara simplement son incompétence. Pour ceux qui voulaient bien regarder au-delà des émotions ou des indignations, il y avait là la révélation que face à l’islamisme, la justice algérienne, du moins par la personne de certains de ses magistrats, laissait entrevoir un délit de connivence, une preuve de recul face à la peur ou le signe d’un changement qu’on ne voyait pas encore à l’œil nu ».

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Kamel Daoud revient sur la récente affaire de Saïd Djabelkhir. Il souligne qu'« avec la condamnation de l’universitaire Djabelkhir à trois ans de prison, sous plainte “organisée” d’avocats aux penchants d’inquisiteurs connus, on est encore une fois confronté à cette réalité qu’on refuse car elle incommode, car elle révèle nos échecs et nos erreurs, nos lâchetés et nos faux calculs d’exilés mentaux dans notre propre pays ».

Les islamistes prennent le pouvoir

L’écrivain constate que « les islamistes passent à l’offensive, s’organisent à la lumière du jour et repartent à la conquête de la propriété du pays. Ils le font derrière l’écran trompeur des agités numériques qui croient être propriétaires du soulèvement du 22 février, de quelques ex-journalistes convertis en agitateurs de foules et derrière cette affirmation idiote que “les islamistes n’existent pas puisqu’on ne les voit pas dans les marches du vendredi”. L’écran fonctionne bien car il plaît au mythe du nouveau militantisme du selfie, du martyr par le mandat de dépôt et du leadership numérique en boucle dans deux boulevards algérois ».

« Aujourd’hui, poursuit l'écrivain, c’est donc l’islamologue Saïd Djabelkhir qui est condamné au nom de l’article 144- bis 2. Un tribunal national à venir est inauguré sans qu’on en mesure la catastrophe pour nos descendants. Y passeront créateurs, dissidents, libres esprits, femmes et hommes de la culture humaine, écrivains, musiciens, danseurs…etc. L’article en question et déjà le paragraphe 01 de la future Constitution théocratique algérienne qui nous attend tous apparemment ».

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Kamel Daoud avertit : « Cette fois, les islamistes démontrent qu’ils ont bien compris la leçon du passé, ils ne sont plus hirsutes et hurleurs. Car aujourd’hui, ils agissent comme de rusés communistes des années 70, des “soutiens critiques” habiles et efficaces, des entristes. Là où des démocrates, aujourd’hui, agissent comme le FIS des années 90, avec occupation des espaces publics et tapages urbains, menaces et confrontations inutiles ».

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