Le 1er mai de cette année est marqué par la montée de la grogne sociale en Algérie. Célébrée pour la deuxième année de suite sous le signe du confinement, cette date, qui devait être une fête des travailleurs, coïncide cette année avec une période de crise économique aiguë qui a engendré de nombreux mouvements de protestation touchant la majorité des secteurs d’activité. Une crise socio-économique conjuguée à l'impasse politique qui perdure depuis le soulèvement populaire du Hirak, il y a deux ans.

Pour de nombreux observateurs, la célébration du 1er mai est marquée cette année, en Algérie, par la montée du chômage et la baisse du pouvoir d’achat, conjugué à la flambée des prix et la pénurie de denrées de base. Une situation qui n’a pas été sans engendrer de nombreux mouvements de protestation qui ont touché plusieurs secteurs d’activité. Que ce soit chez les travailleurs de la fonction publique ou ceux du secteur économique, la grogne a atteint son paroxysme.

Touchés de plein fouet par les conséquences de la crise qui a plombé l’économie du pays, les travailleurs de différents secteurs, notamment ceux de la fonction publique, ont décidé de passer à l’action en observant des mouvements de grève et des rassemblements de protestation. La multiplication, ces dernières semaines, des conflits sociaux dans les services publics (poste, éducation, administration des impôts, protection civile, santé…) n'est pas pour arranger les affaires du pouvoir, incarné par Abdelmadjid Tebboune, déjà fragilisé par l’ampleur du mouvement de protestation politique qui balaye le pays depuis février 2019.

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Une crise économique aggravée par la pandémie de Covid

Pour les spécialistes, cette fronde sociale est la conséquence d’une profonde crise économique née de la chute de la rente pétrolière et aggravée par la pandémie de coronavirus. « La situation économique s’aggrave jour après jour et entraîne la paupérisation de couches entières de la population, un chômage important et en bref tous les indicateurs économiques sont au rouge », souligne à l’AFP Dalia Ghanem, chercheuse au Carnegie Middle East Center.

Selon le ministre chargé de la Prospective, Mohamed Cherif Benmihoub, la crise sanitaire a causé la perte de « 500 000 emplois minimum ». Des chiffres qu'a contestés la secrétaire générale du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, lors d’un discours prononcé ce samedi 1er mai à Alger. « Le chiffre de 500 000 postes d’emploi perdus annoncé par le gouvernement est erronée, car, en réalité, l’Algérie a perdu des millions de postes depuis le début de la pandémie en raison de la fermeture des usines, du recours au chômage et de l’arrêt de nombreuses activités libérales ».

La gestion du gouvernement Djerad pointée du doigt

La patronne du PT n’a pas hésité à faire porter la responsabilité de cette crise au gouvernement de Abdelaziz Djerad. « Le vrai taux de chômage dépasse les 15% annoncés officiellement et le gouvernement se trouve incapable de créer de nouveaux postes d’emploi, ni de payer les arriérés de salaires de nombreux travailleurs », s’insurge Louisa Hanoune qui a fustigé le recours du gouvernement à « la dévaluation du dinar », engendrant, selon elle, « la spéculation sur les prix ». Pour Louisa Hanoune, « le gouvernement est aujourd’hui incapable de gérer la situation ».

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Ainsi, au lieu de rassurer les fonctionnaires qui observent depuis quelques jours des mouvements de grève et de protestation pour revendiquer l’amélioration de leur situation socio-économique, Abdelaziz Djerad a préféré opter pour la politique du bâton.

En effet, dans un communiqué publié le 28 avril par les services du Premier ministre, le gouvernement algérien a indiqué avoir « observé ces derniers temps une augmentation des protestations syndicales, derrière lesquelles se trouvent parfois des organisations syndicales non agréées, soulevant certaines revendications, dont les demandeurs sont pertinemment conscients qu’elles ne sont pas réalisables, témoignant ainsi de l’état de négligence que de nombreux secteurs ont connu depuis plus de 15 ans ».

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