A son 75e jour de grève de la faim pour protester contre sa détention, Soulaimane Raïssouni, journaliste marocain, a été transféré au centre hospitalier universitaire (CHU) Ibn Rochd dans la nuit de samedi à dimanche 20 juin, rapporte sa famille.

Le journaliste, affaibli après plus de deux mois de grève de la faim, a perdu conscience suite à la baisse de son taux de glycémie et de tension artérielle. Il a été dirigé vers le service de réanimation, où des analyses ont conclu que le pourcentage de créatinine dans son sang était de 11. Sa femme, Kholoud Mokhtari, alerte sur les dangers qu'il encourt : « S’il atteint 12, le patient tombe dans l’insuffisance rénale ». Une situation qui nécessite une dialyse.

Kholoud Mokhtari a lancé un nouvel appel « en tant qu’épouse d’un détenu politique » pour que le journaliste soit poursuivi en restant en liberté. « Il suffit que mon mari se meure pour que tout le monde soit complice de son meurtre. N’envoyez pas M. Messaoudi (vice-procureur, ndlr) une nouvelle fois car mon mari ne le recevra pas », a-t-elle ajouté.

La femme du journaliste avait également souligné que Soulaimane Raïssouni, qui a quitté l'hôpital, risquait d'être hospitalisé de nouveau pour avoir refusé de prendre du sucre « à cause des communiqués (la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR), ndlr) trompeurs et insultants, en plus des provocations du vice-procureur Messaoudi ». « Soulaimane a rencontré sa défense, soutenu par une béquille et par le personnel pénitentiaire », a-t-elle témoigné.

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Il faut souligner que Soulaimane Raïssouni, rédacteur en chef du journal Akhbar Al Yaoum, est poursuivi pour « agression sexuelle » après une plainte déposée par un militant LGBTQ. Arrêté fin mai 2020, il dit avoir perdu, depuis cette date, plus de 35 kg, dont 18 kg pendant sa grève de la faim, lancée pour dénoncer la « grande injustice » de sa détention préventive. « Je suis prêt, voire avide, de ce procès (...) qu'il soit devant la Cour ou devant le tribunal de Dieu », a-t-il écrit la semaine dernière dans une lettre dictée à ses avocats et partagée par son épouse sur Facebook. La justice a rejeté toutes ses demandes de remise en liberté, malgré une forte mobilisation au Maroc et à l'international.

Il faut rappeler que les éléments de ce quotidien indépendant font souvent l’objet d’accusations et de persécution de la part de la police et des services de renseignement de Mohammed VI. D’ailleurs, Soulaimane Raïssouni n’est autre que l’oncle de la journaliste Hajar Raïssouni qui a été condamnée dans une affaire d’avortement illégal, avant d’être graciée.