Alors que plusieurs organisations internationales ont tiré la sonnette d’alarme sur la situation des journalistes au Maroc, une nouvelle affaire vient d’éclabousser le royaume chérifien. Il s’agit d’espionnage de journalistes avec un logiciel espion. Cette affaire a été révélée par plusieurs médias le 18 juillet.

Ainsi, les journalistes marocains sont sous surveillance. Eux aussi sont victimes d’un programme d’espionnage commercialisé par l’entreprise israélienne NSO Group. Les listes de numéros de téléphone sélectionnés comme des cibles potentielles dans l’outil de NSO par plusieurs de ses clients, que l’organisation Forbidden Stories et Amnesty International ont partagées avec dix-sept rédactions, confirment qu’un service de sécurité marocain a utilisé Pegasus pour viser, de manière systématique, des journalistes critiques du pouvoir, et des dirigeants des grandes rédactions du pays.

Les journalistes opposants au régime marocain ciblés avec Pegasus

Parmi ces journalistes visés, on retrouve Taoufik Bouachrine, directeur du journal Akhbar Al-Yaoum, qui purge actuellement une peine de quinze ans de prison pour viol. Le journaliste opposant au régime marocain s’est retrouvé en prison après un procès qualifié de politique par plusieurs organisations de défense des droits humains. Son numéro de téléphone ainsi que celui de sa femme ont étés entrés comme cible potentielle dans le logiciel espion Pegasus. Les médias qui ont fait éclater cette affaire révèlent également que les numéros d’au moins cinq des plaignantes, dont les témoignages ont été utilisés contre Taoufik Bouachrine durant son procès, figurent parmi les cibles potentielles de Pegasus.

D’autres journalistes et patrons de la presse sont aussi visés par cette opération d’espionnage. Ainsi, presque tous les patrons de médias indépendants au Maroc sont espionnés par les services de renseignement marocains. Il s’agit notamment des fondateurs du Desk, Ali Amar, ou celui du site Badil, Hamid El-Mahdaoui, condamné à trois ans de prison en 2018 pour sa « participation » au mouvement social du Rif. Omar Brouksy, ancien correspondant de l’Agence France-Presse et auteur de deux livres critiques sur Mohammed VI est aussi ciblé par cette opération.

Il faut dire que les révélations sur l’utilisation du logiciel espion de NSO Group ont eu un effet de bombe. Ces révélations ont été publiées par 17 rédactions coordonnées par l’organisation Forbidden Stories, avec l’appui technique d’Amnesty International. Elles se basent sur une liste de plus de 50’000 numéros de téléphone, présélectionnés par certains clients de NSO Group pour une éventuelle mise sous surveillance.