L'Algérie a décidé de ne pas recourir à l’endettement extérieur. Cette option défendu par Abdelmadjid Tebboune a été remise en cause par  Kamel Benkhabecheche, économiste, spécialiste en conseil à l’investissement. Ce dernier a souligné dans une interview accordée au journal Liberté que la question qui se pose est plutôt la capacité d’emprunt et de la destination des fonds empruntés.

La situation économique actuelle de l’Algérie, dit-il, accuse un déficit d’environ 20 milliards de dollars. Une situation qui risque bien des complications, si on y ajoute les intérêts d’emprunt et le remboursement du capital. Pour les observateurs économiques, tels le FMI et la Banque Mondiale, le stock de réserve de change devrait se tarir d’ici deux à trois ans, ce qui renvoie à la question de savoir comment subvenir aux besoins structurels sur la même période.

Qu'en est-il du recours à la planche à billets en Algérie ?

Concernant le recours à la planche à billets sous forme d’un programme de refinancement spécial arrêté par la Banque Centrale, le spécialiste précise qu’y recourir signifie clairement qu’il n’y a pas de disponibilité en dinar. Dans les faits, explique Kamel Benkhabecheche, cette disponibilité est entre les mains des ménages. Ce flux de liquidités de 2'100 milliards de dinars, qui sera mis à la disposition des banques commerciales, servira à relancer l’économie, représentant environ 16 milliards de dollars, ce qui correspond à environ 10 % du PIB dont une partie de cette demande ira aux importations.

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La question, selon l’économiste, est de savoir comment conjuguer un plan de relance de 10 % du PIB et une prévision d’un déficit de la balance des paiements en forte baisse, passant de 20 milliards de dollars à quasiment l’équilibre, entre 2021 et 2022. À se demander, selon l’interlocuteur de Liberté, l’impact des 6'500 milliards de dinars, première tranche de la planche à billets (2017-2019) sur l’économie.

La dévaluation du dinar algérien

Concernant l’excès de la dépense intérieure brute de l’ensemble des agents économiques, Benkhabecheche a souligné le lien direct entre le solde de la balance des paiements et la demande domestique (interne), arguant qu’une demande interne excédentaire entraîne mécaniquement une hausse des importations et une détérioration du solde externe, mais qu’il faudrait également prendre en considération l’offre domestique (la production locale).

L’économiste a également souligné que de 2015 à nos jours, le dinar a perdu 30 à 44 % de sa valeur par rapport au dollar et à l’euro, respectivement. Ces dépréciations de la monnaie nationale (renchérissement des produits importés) n’ont quasiment pas eu d’effets sur le solde courant ; et que les réserves de changes sont passées de 144 milliards de dollars, en 2015, à un peu plus de 40 milliards de dollars actuellement.

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La production algérienne doit d'abord répondre à la demande interne

Il n’en va pas sans dire qu’il faille mettre le paquet sur le développement de cette offre de biens produits localement (production domestique), sans forcément penser à l’exportation, puisqu’il s’agit d’abord de répondre à une demande interne (substitution des importations), ce qui serait très positif pour l’économie algérienne.

Le problème avec l'endettement extérieur de l'Algérie

À la question de la bonne gestion d’un endettement extérieur pour préserver ce qui reste des réserves de changes en Algérie, Kamel Benkhabecheche a répondu que le réel problème n’est pas l’endettement lui-même, mais la capacité d’emprunt et la destination des fonds, entre autres.

Selon lui, sans endettement extérieur, la balance des paiements algérienne présente un déficit annuel d’environ 20 milliards de dollars, ajoutant 2 à 3 milliards de dollars par an pour les intérêts et l’amortissement du capital. Cela, à la condition de ne pas utiliser l’endettement extérieur à acheter des voitures et des produits consommables, au risque d’un impact négatif sur l’économie algérienne, puisque les seuls bénéficiaires seront les pays exportateurs.

La bonne option consiste à bien gérer l’économie algérienne, en créant de la valeur ajoutée, des richesses économiques, des emplois, car parler d’endettement extérieur reste un faux débat. Si l’Algérie venait à recourir à l'endettement extérieur, cela lui coûterait plus cher qu’un endettement réalisé il y a trois ou quatre ans, lorsque les réserves de changes avoisinaient les 100 milliards de dollars.