L'ex-président de la République Abdelaziz Bouteflika, qui a régné durant 20 ans sur l'Algérie (1999-2019), est décédé le vendredi 17 septembre, à l’âge de 84 ans. Il sera inhumé dimanche 19 septembre au carré des martyrs du cimetière d'El Alia (Alger).

La mort de l'ancien président Abdelaziz Bouteflika a constitué l'un des événements majeurs traités aujourd'hui par les médias internationaux, notamment en France. L'ensemble de la presse – médias sur Internet, radios et chaînes de télévision – est revenu sur ce décès. Le règne de Bouteflika a pris fin le 2 avril 2019, dans un contexte de soulèvement populaire, qui l'avait contraint à la démission sur injonction de l'armée.

TV 5 Monde titre « Mort de Bouteflika : parcours d'un accro au pouvoir »

Jusqu'au bout, Abdelaziz Bouteflika aura voulu s'accrocher, bravant l'évidence : celui qui fut à 26 ans le plus jeune ministre des Affaires étrangères au monde ne renvoyait plus que l'image d'un vieillard muet et reclus en son palais, souligne TV5 Monde au lendemain de la mort de Bouteflika.

Un contraste saisissant avec le début de sa présidence, quand ce beau parleur aux yeux clairs et en costume trois pièces, amateur de cigare, s'affichait en dirigeant hyperactif, ajoute la chaine très suivie en Algérie. « Je suis l'Algérie tout entière », lance en arrivant au pouvoir celui dont le destin se confond avec l'histoire contemporaine de son pays, cite par TV5 Monde.

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« Avec la France, la relation reste à vif, même si le chef d'État algérien, qui sait nouer des relations étroites, parfois amicales, est apprécié des dirigeants français, en particulier de Jacques Chirac », écrit la chaine française dans un reportage publié ce samedi 18 septembre. « Il a aussi fait de nombreux séjours à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris, dans la plus grande discrétion, avant d'aller se faire soigner à Genève », ajoute TV5 Monde.

Le Point : « Bouteflika : les sept vies d’un félin politique »

Abdelaziz Bouteflika s’est souvent sorti de situations délicates sur le plan politique, jusqu’à ce que la santé lui fasse défaut et le rende vulnérable, écrit Adlene Meddi, le correspondant de l'hebdomadaire Le Point, à Alger.

Avant sa déchéance en avril 2019, Abdelaziz Bouteflika a été donné plusieurs fois pour mort aussi bien physiquement que politiquement. Mais sa résistance et son sens du calcul lui ont permis, à chaque fois, de revenir, prenant à revers ses adversaires dont il s’est débarrassé un à un.

Inamovible ministre des Affaires étrangères, depuis 1965 jusqu’à la mort de Boumediene en 1978, Bouteflika a connu une longue traversé du désert jusqu’à son retour au pays en 1999 pour se retrouver à la tête de l'État. Les militaires le voulaient car, justement, il pouvait incarner à l'étranger l'image d’un « civil » du grand monde, capable de « vendre » une Algérie isolée et boudée même par les pays « frères », et qui se bat, seule, contre l'islamisme armé, écrit encore Le Point.

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C'est au moment où tout le monde le donne partant pour des raisons de santé que Bouteflika dévoile ses cartes : il ne partira pas. Pire, il changera la Constitution pour s'éterniser au pouvoir après avoir neutralisé toute hostilité au sein du système, ajoute l'hebdomadaire.

Radio France Culture : « Bouteflika est mort après vingt années de présidence tumultueuse »

L'ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika est mort après vingt années de « présidence tumultueuse qui se sont achevées par une chute spectaculaire en 2019 », souligne la radio France Culture dans un reportage. Il avait pris les reines d'une Algérie meurtrie en 1999 après la « décennie noire » (Guerre civile algérienne), mais après 4 mandats, l'annonce de sa candidature à un 5e mandat en 2019 avait donné lieu à plusieurs semaines de manifestations aussi massives qu'inédites en Algérie (Hirak), contraignant le président affaibli à la démission.

Mais les espoirs des Algériens ont, depuis, été douchés. « Le régime et la répression se sont encore renforcés », indique la journaliste Aline Hacard, qui a pu recueillir le témoignage d'un jeune ayant participé à la mobilisation contre l'ancien président : « C'est le décès d'un ancien dictateur », témoigne ce dernier.

Le Figaro : « les Algériens partagés après la mort de Bouteflika »

« La mort de l'ancien président algérien Adbelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir en avril 2019 par les manifestations du mouvement Hirak, a suscité peu de commentaires à Alger, aussi bien dans les médias que dans la rue, mis à part une certaine rancœur palpable », écrit le Figaro dans son édition du samedi 18 septembre.

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Dans la rue, les Algériens n'étaient pas indifférents à la mort du président déchu, accueillie par un flot de commentaires acrimonieux. « Paix à son âme. Mais il ne mérite aucun hommage car il n'a absolument rien fait pour le pays », lance Rabah, un marchand de fruits et légumes à El Achour, sur les hauteurs de la capitale.

D'autres estiment au contraire que « le pays s'est amélioré quand il est devenu président », en allusion au processus de réconciliation après la décennie noire, déclare à l'AFP TV Amer, plongeur dans un restaurant. « Il était reçu dans n'importe quel pays du monde », a ajouté cet homme âgé de 46 ans, en référence à son passé d'ancien chef de la diplomatie d'Ahmed Ben Bella et de Houari Boumédienne.