La Cour de cassation marocaine a donné son aval à l'extradition d'un ressortissant chinois membre de la minorité musulmane des Ouïghours, sur demande de la Chine. Cette décision a soulevé un tollé auprès des activistes et défenseurs des droits de l'Homme. Le ressortissant chinois du nom de Yidiresi Aishan, âgé de 34 ans et père de trois enfants, avait été arrêté le 19 juillet à son arrivée à l'aéroport de Casablanca.

Ainsi, sur demande de la Chine, Yidiresi Aishan a été arrêté dès son arrivée sur le territoire marocain depuis la Turquie. Il est accusé par la Chine d’être responsable « des actes terroristes commis en 2017 ». La Chine l'accuse également de faire partie d'une « organisation terroriste », le Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM). À son arrivée au Maroc, Yidiresi Aishan, qui détient la nationalité chinoise, faisait l'objet d'une notice rouge d'Interpol émise à la demande de Pékin. Mais l'organisation internationale de coopération policière a suspendu cette notice rouge en août 2021.

De son côté Yidiresi Aishan, informaticien établi en Turquie depuis 2012 avec sa famille, réfute ces accusations et « assure ne pas être retourné en Chine depuis 2012 ». Il fait partie de la minorité des Ouïghours, dont un million sont ou ont été détenus dans des camps de rééducation politique dans la province chinoise du Xinjiang, selon des organisations internationales de la défense des droits humains. En effet, un groupe d'avocats et d'experts des droits humains, réunis à Londres, a conclu la semaine dernière que la façon dont la Chine traite les Ouïghours relève du génocide.

Des experts dénoncent la décision marocaine concernant le ressortissant ouïghour

En réaction à la décision marocaine, des experts des droits de l'Homme de l'ONU à Genève ont exhorté le gouvernement marocain à suspendre la décision d'extrader Yidiresi Aishan vers la Chine, « où il risque de graves violations des droits humains, notamment la détention arbitraire, la disparition forcée, ou la torture et d'autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». Aucun État n'a le droit d'expulser, de renvoyer ou d'éloigner de toute autre manière une personne de son territoire lorsqu'il existe des « raisons substantielles » de croire que la personne risquerait d'être soumise à la torture dans l'État de destination, ont souligné ces experts.

Quant à Amnesty International, elle considère que « l'extradition imminente » (de Yidiresi Aishan) revient à un refoulement, car il court un risque grave d'être torturé à son retour en Chine ». La demande d'extradition est motivée par « le travail qu'il a effectué par le passé pour des organisations ouïghoures », a affirmé l'organisation de la défense des droits humains. De son côté, Éric Goldstein, directeur régional par intérim de Human Rights Watch (HRW), affirme que « Quelle que soit la décision de la Cour de cassation, les autorités marocaines peuvent toujours prendre une décision juste et conforme à leurs obligations légales : s'abstenir d'extrader le Ouïghour (Yidiresi Aishan) vers la Chine où il risque torture et persécution ».