Le nombre de mariages en Algérie a chuté d'une manière significative ces dernières années. Selon les chiffres de l'ONS, ce nombre est passé de 315 000 en 2019 à 283 000 en 2020, soit une baisse de plus de 10 %. L’étude de l’ONS révèle également une baisse de la fécondité chez les femmes, avec un indicateur passé de 3 enfants par femme à 2,9. Plusieurs raisons sont à l'origine de ce recul : Il s'agit de la conjoncture économique, mais surtout des changements de mœurs en Algérie.

En effet, selon la juriste, avocate et maître assistante à la faculté de droit de Ben-Aknoun Nadia Aït-Zaï, « il faut rappeler que cette tendance à la baisse des mariages en Algérie remonte à quelques années déjà. Les Algériens ne se marient plus comme avant pour diverses raisons. Mais si l’on s’attarde sur ces deux dernières années, force est de constater que la crise sanitaire liée à la pandémie de coronavirus a eu un impact certain sur les mariages ».

La militante féministe, qui s'est exprimée dans une interview accordée au journal Liberté, indique que « les exemples d’hommes et de femmes ayant annulé ou reporté leurs unions, dans notre voisinage immédiat, dans la famille ou encore parmi nos connaissances, illustrent cette situation baissière. Notez d’ailleurs que cette situation est la même à travers tous les pays touchés par la pandémie ».

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La pandémie n'est pas la seule raison du recul des mariages en Algérie

Cependant, la fondatrice du Centre d’information et de documentation sur les droits de l’enfant et de la femme (CIDDEF) explique que la pandémie n'est pas la seule raison de ce recul. Elle explique qu'« il faut dire, d’autre part, que depuis quelques années, la moyenne d’âge du mariage en Algérie a nettement reculé. Selon plusieurs études, cette moyenne d’âge se situe actuellement autour de 28/30 ans pour les femmes et de 33, voire 35 ans pour les hommes.

« Remarquez que, cela étant dit, les derniers chiffres en la matière, de l’Office national des statistiques, ne concernent que l’espace d’âge allant de 20 à 34 ans. Or, de plus en plus d’hommes et de femmes contractent mariage au-delà de 35 ans, 40 ans et plus. Il faut donc relativiser la lecture de ces chiffres, quand bien même la tendance baissière tendrait à s’imposer comme une réalité sociologique dans notre pays », affirme-t-elle.

Le mariage et la dégradation de l'économie algérienne

Par ailleurs, concernant les conditions économiques qui se sont dégradées, Nadia Aït-Zaï a tenu à nuancer. Pour elle, d'un côté, « aujourd’hui, les hommes et les femmes, en âge de mariage, réfléchissent deux fois plutôt qu’une avant de s’engager dans la vie commune. On pense d’abord à un emploi stable, un appartement ou encore à mener une vie acceptable en termes de qualité. De ce point de vue, l’économie du pays et le niveau de vie peuvent en effet expliquer le recul du nombre de mariages en Algérie ».

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D'un autre côté, la militante explique que ces conditions ne sont pas à l'origine de ce recul. « Non, si on prend en considération d’autres données sociologiques et historiques propres à notre société. Chez nous, le mariage reste un projet de vie. Et dans ce projet, la formation des couples et des unions est très encouragée par la société : les membres de la famille (parents, frères et sœurs), les proches, voire les amis s’impliquent tous dans les mariages en contribuant soit en prenant une partie des charges matérielles lors des mariages, soit à travers des aides, par exemple, dans la location d’appartement pour les nouveaux couples. Cette tradition n’est pas près de changer ».

Recul de la fécondité en Algérie

En ce qui concerne le recul de la fécondité chez les femmes, Nadia Aït-Zaï a affirmé que « les Algériens font de moins en moins d’enfants. La physionomie des couples algériens a beaucoup changé. Elle a évolué. Les femmes comme les hommes accordent de plus en plus d’importance à la qualité de leur vie de couple. Il y a une recherche d’une vie commune qui prend en considération l’épanouissement du couple. Avec deux enfants, le couple vit mieux qu’avec trois ou quatre enfants ».

La militante féministe explique que les mœurs ont changé et que la vision de la vie commune également. Elle a indiqué qu'« on pense également à la qualité de vie des enfants, en leur procurant les meilleures conditions possibles. Encore, entre avoir deux ou trois enfants n’est pas la même chose que quatre enfants ou plus. À cela s’ajoutent, vraisemblablement, les difficultés liées à l’économie. La vie moderne exige de plus en plus d’argent pour les soins ou pour les études des enfants ».

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En Algérie il y a plus d'hommes que de femmes

Il faut également signaler que, selon les statistiques de l'ONS, le nombre d'habitants en Algérie est passé de 44,3 millions au 1er juillet 2020 à 44,6 millions au 1er janvier 2021. L’augmentation de la population algérienne durant l'année 2020 a atteint 756 000 personnes, soit 1,71 % ; un taux qui continue sa tendance baissière enclenchée en 2017 « avec un rythme plus prononcé en 2020 ».

Cette baisse est expliquée par l'augmentation « conséquente » des décès et le recul des naissances. La répartition par sexe des habitants de l'Algérie au 1er janvier 2021, affirme l’ONS, fait ressortir une légère prédominance de la population masculine, qui représente 50,7% de la population totale.