Le sujet de la mémoire et de la guerre d’Algérie est très présent dans la campagne électorale pour l'élection présidentielle française. Les candidats se font la concurrence pour gagner l'électorat « nationaliste ». C'est dans ce contexte que le président français Emmanuel Macron, quasi-candidat à l'élection présidentielle, s'est prononcé sur des faits historiques. Le 16 janvier dans un discours prononcé à l'Élysée, Macron a évoqué la fusillade de la rue d'Isly à Alger du 26 mars 1962 et celle du 5 juillet de la même année enregistrée à Oran. 

Cette évocation n'est pas fortuite selon des observateurs. Elle répond aux attentes d'une certaine frange de la société française, notamment les nostalgiques des colonies. L'historien Alain Ruscio est revenu sur le discours du président français dans une interview accordée au journal El Watan. Il a replacé la fusillade du 26 mars citée par Macron dans son contexte historique.

Ainsi l'historien rappelle que la fusillade a eu lieu au moment d’une « escalade de la violence de l’OAS contre l’armée française et la population algérienne ». Il explique que refusant le cessez-le-feu, les dirigeants de l’OAS ont choisi le choc frontal, pas seulement avec le FLN algérien, mais avec tout ce qui représentait la légalité française.

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Macron a évité de parler de l'OAS

Alain Ruscio fait remarquer qu'Emmanuel Macron a sciemment évité de parler de cette organisation qui terrorisait les citoyens à cette époque. « Il y eut, c’est évidemment incontestable, "crime". Mais "la République" doit-elle demander "pardon", c’est comme cela que j’interprète cette formule, alors qu’il s’agit de soldats mis en situation de faire respecter un ordre, lui-même donné suite à des provocations multiples et même d’assassinats de gendarmes et de soldats qui avaient précédé la rue d’Isly ? », a déclaré l'historien qui ajoute : « je ne dirais pas "une responsabilité", mais "La responsabilité". Les Européens qui ont été envoyés rue d’Isly ont été les victimes d’un froid et cynique calcul des dirigeants de l’OAS, peu importe lesquels : s’ils avaient réussi à forcer le barrage, c’était une victoire contre l’autorité légale ; si le barrage tenait, et donc si les soldats étaient contraints de répliquer, il y aurait certainement des morts, devenus les martyrs masquant les innombrables crimes de cette OAS ».

Par ailleurs, l'historien explique que « le cessez-le-feu du 19 mars fut une défaite majeure pour l’OAS. Ses dirigeants avaient alors le choix entre une acceptation, même indignée, même triste, de l’indépendance devenue inéluctable, ou une fuite en avant. Ils ont choisi : "Le cessez-le-feu de M. de Gaulle n’est pas celui de l’OAS. Pour nous, le combat commence" (déclaration du 20 mars). Qu’était-ce à dire, sinon qu’ils avaient choisi le choc frontal, pas seulement avec le FLN algérien, mais avec tout ce qui représentait la légalité française. D’où l’assassinat de 18 gendarmes (21 mars) et de 5 appelés du contingent (23 mars). Dès lors, les esprits étaient surchauffés. Et l’OAS, qui a instrumentalisé la population européenne, en était parfaitement conscient. Ne pas inverser les responsabilités : c’est l’organisation terroriste, qui se voulait "bouclier" de cette population, qui l’a en fait menée vers le drame et la mort ».