La discrimination envers les étudiants maghrébins en entrée en master dans les universités de France est « préoccupante ». C’est ce que révèle une étude menée à l’initiative de nombreux chercheurs auprès de plusieurs universités.

De nombreuses études ont conclu que la discrimination touche de plus en plus les Maghrébins en France, notamment dans le domaine du travail. Porter un patronyme maghrébin est souvent cité comme un handicap par les demandeurs d’emploi, selon plusieurs enquêtes.

La discrimination à l’égard des Maghrébins n'a pas épargné les étudiants. Une étude de « testing », pour mesurer d'éventuels risques discriminatoires autour de l'entrée en Master des étudiants supposés d’origine maghrébine, a été menée récemment en France par des chercheurs. Les résultats de cette étude, publiée le 15 février par France Inter, sont jugés « préoccupants », mais « moins alarmants » que ce qui est observé sur le marché du travail.

Traitement discriminatoire pour les porteurs d'un patronyme maghrébin en France

Menée au printemps dernier à l'initiative de plusieurs chercheurs, cette étude qui est une première du genre en France a visé 19 universités, 607 Masters et s'est effectuée via l'envoi de près de 2 000 courriels. Deux critères ont été testés : celui du handicap et celui du patronyme maghrébin. « Traitement discriminatoire significatif sur le critère de l'origine, mais pas sur le handicap », conclut l’enquête.

À chaque fois trois emails quasi identiques ont été envoyés aux universités ciblées par l’enquête : des demandes d'information sur les cursus et leurs modalités d'inscription à l'image de ce qui se fait régulièrement « dans la vraie vie », expliquent les initiateurs de l’étude. Sauf qu'il s'agit là de demandes émanant d'étudiants « fictifs », pour les besoins de l’enquête.

Les Maghrébins ont 12 % de chances en moins de s’inscrire en Master

Dans un premier courriel, le supposé étudiant signale être en fauteuil roulant. Pour les deux autres, seul le nom varie : par exemple Julien Garnier et Rachid Saïdi. Le résultat saute aux yeux : « nous n'avons pas trouvé de différence de traitement significative pour les étudiants qui mentionnent un handicap moteur lourd. Par contre, les étudiants supposés d'origine maghrébine sont dans l'ensemble pénalisés par rapport aux étudiants supposés franco-français, car on leur répond moins souvent en leur indiquant la marche à suivre pour s'inscrire », explique le chercher Yannick L'Horty, un des initiateurs de l’étude.

« Dans l'ensemble, toutes filières confondues, les candidats fictifs maghrébins ont 12 % de chances en moins d'obtenir une réponse. Mais si l'on s'intéresse à certains types de cursus en particulier, notamment aux Masters juridiques, parmi les plus demandés, le différentiel atteint les 30 %. Pour les Masters scientifiques, les candidats maghrébins ont 20 % de chances en moins de recevoir une réponse », ajoute-t-il.

Lorsque les principes d'égalité et de diversité en France sont battus en brèche

Les résultats de cette étude n’ont pas laissé insensible la présidente de France Universités, qui appelle à une prise de conscience à propos du phénomène de la discrimination envers les étudiants maghrébins. « Lorsque les principes d'égalité et de diversité sont battus en brèche, bien sûr qu'on doit s'en préoccuper. On ne peut pas balayer ces résultats d'un revers de main. Il faut voir comment on peut peut-être se saisir de cet outil pour poursuivre la surveillance, et travailler sur les facteurs de risques identifiés à travers cette étude », lance Manuel Tunon de Lara, qui représente les présidents d'universités françaises.