Les travailleurs traversent une période de précarité sans précédent partout dans le monde. Cette précarité touche notamment aux pays du tiers monde, comme l'Algérie. Elle est due à la complication des situations économiques après la pandémie de covid-19 et également aux répercussions de la guerre en Ukraine, qui a largement augmenté l'inflation mondiale. En 2022, le salaire moyen de l'algérien représente 4 et 9% de celui d'un salarié des pays européens développés, des États-Unis, du Canada, du Japon ou de la Corée du Sud, selon l’expert en sécurité sociale Noureddine Bouderba.

Cet expert, qui s'est exprimé dans une interview accordée au quotidien El Watan, confirme la précarité dans laquelle vivent les salariés algériens. Une précarité qui s'accentue de plus en plus depuis le début de la guerre en Ukraine. Une guerre qui a affecte indirectement le pouvoir d'achat en Algérie.

Noureddine Bouderba a affirmé que « le salaire mensuel moyen perçu par un travailleur algérien, avec l’équivalent de 265 euros, représente entre 4 % et 9 % de celui d’un salarié des pays européens développés, des États-Unis, du Canada, du Japon ou de la Corée du Sud ». Cette comparaison ne tient évidement pas compte du SMIG en Algérie, qui est de l'ordre de 100 euros selon le marché de change parallèle et de 127 euros sur le marché officiel.

L'expert ajoute que ce même salaire vaut entre « 10 % et 25 % des salaires moyens en Italie, Espagne, Chypre, Grèce, Portugal ou Lituanie ». Il explique toutefois que qu'« il est question, ici, de moyennes, qui ne tiennent pas compte de la distribution très inégale des salaires en Algérie entre les cadres supérieurs de l’État et les cadres dirigeants des entreprises d’un côté, et le reste des salariés de l’autre, ainsi qu’entre les salariés du public et ceux du privé ».

Conséquence de cette faiblesse des revenus, 80 % des Algériens vivent dans la quasi-pauvreté

Noureddine Bouderba confirme ainsi les disparités qui se creusent de plus en plus entre les classes sociales en Algérie, en raison des choix économiques du pays. En se dirigeant vers un model libérale depuis les dernières décennies, l’Algérie a vu naître une classe très riche et une autre d'une pauvreté extrême. L'expert souligne que son constat ne pourra être complet sans souligner « la grande disparité qui existe entre les revenus du capital et ceux du travail ainsi que la très grande faiblesse du niveau des pensions et des allocations pour la majorité des retraités ».

L'expert affirme qu'en « conséquence de cette faiblesse des revenus, 80 % des Algériens vivent dans la quasi-pauvreté, dont une bonne partie dans la pauvreté ». S’appuyant sur les chiffres de l'Office national des statistiques, Noureddine Bouderba rappelle que les Algériens « consacrent, en moyenne, 41 % de leurs dépenses à l’alimentation, 47 % si on exclut les dépenses imputées (non réelles) relatives au logement ».  Il ajoute que « pour les 60 % d’Algériens les plus pauvres, cette proportion est de 60 %. Or, plus le [coefficient alimentaire] est élevé, plus le niveau de pauvreté est élevé. À titre indicatif, le coefficient alimentaire dans les pays développés est compris entre 12 et 20 % ».