Alors que des ministres de l'Énergie en Algérie ont annoncé une nouvelle politique énergétique se basant sur le développement des énergies renouvelable, la guerre en Ukraine remet à l'ordre du jour l'augmentation de la production des énergies fossiles. En effet, dans ce contexte qui a fait exploser les prix des hydrocarbures, des experts appellent à investir dans ce domaine pour produire plus et exporter plus. Parmi eux, le Professeur Abderrahmane Mebtoul, expert international en management stratégique et docteur d'État depuis 1974, qui a bien voulu participer à ce débat par une contribution sur les conditions qui permettront à l'Algérie de doubler ses exportations vers l'Europe.

Le professeur Abderrahmane Mebtoul affirme au préalable que « la crise ukrainienne préfigure d'importantes mutations dans les relations internationales, militaires, sécuritaires, politiques, culturelles et économiques, notamment au niveau de la région méditerranéenne via l’Afrique, où la crise actuelle a des impacts sur le cours du pétrole/gaz, mais également sur la sécurité alimentaire dont la Russie et l'Ukraine représentent, en 2021, 30 % des exportations mondiales ».

Il explique dans sa contribution que « sous réserve de sept conditions, l’Algérie horizon 2025/2027 pourrait doubler les capacités d’exportations de gaz d'environ 80 milliards de mètres cubes gazeux avec une part dépassant entre 20/25% de l’approvisionnement de l'Europe ».

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Les conditions pour doubler les exportations de gaz de l'Algérie

Pour le professeur, « la première condition concerne l’amélioration de l’efficacité énergétique et une nouvelle politique des prix renvoyant au dossier de subventions ». Un dossier brûlant notamment en cette période d'inflation qui pèse lourdement sur le portefeuille des Algériens. Des éléments que le professeur semble négliger. La deuxième condition, selon Abderrahmane Mebtoul, est « relative à l’investissement à l’amont pour de nouvelles découvertes d’hydrocarbures traditionnels, tant en Algérie que dans d’autres contrées du monde – Sonatrach ayant une expérience internationale, mais pouvant découvrir des gisements non rentables financièrement et devant éviter les effets d’annonces avant de déterminer la réelle rentabilité ».

Des grands investissements que d'autres experts veulent diriger vers les énergie renouvelables, en affirmant que la demande grandissante et l'explosion des prix va surement inciter les pays importateurs à se diriger également vers les énergies renouvelables, ce qui impactera la demande sur les hydrocarbures, donc leurs prix.

C'est dans sa 3e condition que le professeur évoque les énergies renouvelables.  Selon lui, cette condition est « liée au développement des énergies renouvelables (actuellement dérisoire, moins de 1 % de la consommation globale) devant combiner le thermique et le photovoltaïque. Le coût de production mondial a diminué de plus de 50 % et il le sera plus à l’avenir où, avec plus de 3000 heures d’ensoleillement par an, l’Algérie a tout ce qu’il faut pour développer l’utilisation de l’énergie solaire ». Cependant, vu le coût moins important des énergies fossiles et l'explosion de leurs prix sur les marchés internationaux, le développement de ces énergies n'est plus une priorité pour le gouvernement, notamment en raison de la crise économique actuelle.

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Nucléaire et gaz de schiste

Le professeur Abderrahmane Mebtoul pose comme 4e condition l’investissement dans le nucléaire civil. Il indique que « selon la déclaration de plusieurs ministres de l’Énergie entre 2013/2020, l’Algérie compte construire sa première centrale nucléaire en 2025 à des fins pacifiques, pour faire face à une demande d’électricité galopante ». Là aussi, il est important de souligner que le professeur n'explique pas comment les pouvoirs publiques peuvent faire face aux coût du nucléaire et de la gestion des déchets.

Comme 5e condition, le professeur Mebtoul préconise « le développement du pétrole/gaz de schiste ». Il affirme que « selon les études américaines, l'Algérie possédant le troisième réservoir mondial, d’environ 19 500 milliards de mètres cubes gazeux, mais qui nécessite, outre un consensus social interne, de lourds investissements, la maîtrise des nouvelles technologies qui protègent l’environnement et des partenariats avec des firmes de renom ». Toutefois, les experts sont nombreux à alerter sur le danger du développement de cette énergie sur l’environnement. Ils estiment qu'en Algérie, l'exploitation du gaz de schiste aura des conséquences dramatiques sur les nappes phréatiques au Sahara. Des nappes qui sont une véritable richesses ; surtout que l'eau est l'un des plus grands enjeux de l'avenir.

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Le professeur pose comme 6 condition « la redynamisation du projet GALSI, Gazoduc Algérie-Sardaigne-Italie, qui devait être mis en service en 2012 d’une capacité de 8 milliards de mètres cubes gazeux ». Ce gazoduc est également conditionné par la hausse de la production étant donné que comme l'a annoncé dernièrement le ministre de l'énergie , les capacités de production de l’Algérie sont limitées.

Enfin, comme 7e et dernière condition, l'expert suggère « l’accélération de la réalisation du gazoduc Nigeria-Europe via l’Algérie, d’une capacité de plus de 33 milliards de mètres cuves gazeux mais nécessitant, selon les études européennes de 2019 environ 20 milliards de dollars et nécessitant l’accord de l’Europe principal client. Cependant, l’avenir appartenant à l’hydrogène comme énergie du futur 2030/2040 où la future stratégie énergétique affecte les recompositions politiques à l’intérieur des États comme à l’échelle des espaces régionaux ».