Une alliance franco-algérienne pour résoudre les problèmes d'énergie en Europe ?

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, l’Europe fait face à une crise sans précédent en matière d’approvisionnement énergétique. Dépendant en partie de la Russie, les pays européens se retrouvent aujourd’hui à la recherche d’autres sources énergétiques.

La guerre en Ukraine a bouleversé la carte énergétique en Europe. Désormais, la majorité des pays du Vieux Continent ne pourront plus compter sur les ressources énergétiques qui leur proviennent de la Russie. Contraints de se départir du gaz et du pétrole russes, les pays européens se tournent désormais vers la rive sud de la Méditerranée, et particulièrement l’Algérie.

Les dernières visites de nombreux hauts responsables européens en Algérie sont dictées essentiellement par l’objectif d’assurer une augmentation des livraisons de gaz. Mais pour les experts en énergie, la nouvelle donne, induite par la guerre en Ukraine, devrait plutôt inciter les pays de l’Europe et ceux de la rive sud de la Méditerranée à une nouvelle stratégie en matière d’approvisionnement énergétique.

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Dans cette nouvelle donne énergétique, « l'Algérie a un rôle-clé à jouer », selon un expert

C’est ce que suggère Jean-Louis Guigou, fondateur de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED). Dans une tribune publiée jeudi 14 avril dans le Monde, cet expert français a plaidé pour une communauté euro-méditerranéenne de l’énergie. Une communauté qu’il n’a pas hésité à comparer à l’ex-CEE (Communauté des États européens) lancée par le couple franco-allemand, mais cette fois-ci avec la France et l’Algérie comme promoteurs.

La guerre en Ukraine « demande une nouvelle stratégie politique, mais aussi économique et géographique », selon Jean-Louis Guigou.  Les Européens « veulent se libérer » du gaz et du pétrole russes et les Africains « ont de l’énergie et recherchent du blé et des oléagineux ». Et dans cette nouvelle donne énergétique, « l’Algérie a un rôle-clé à jouer », fait-il remarquer.

« On ne peut rien faire en Méditerranée sans le retour de la confiance entre la France et l’Algérie »

Dès 2010, l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED) est arrivé à la conclusion que « la France et l’Algérie sont à la Méditerranée ce que la France et l’Allemagne furent à l’Europe », rappelle-t-il. Mais, pour le fondateur de l’IPEMED, « on ne peut rien faire en Méditerranée sans le retour de la confiance entre la France et l’Algérie ».

Pour surmonter les douleurs de l’histoire entre la France et l’Algérie, l’auteur de la tribune a cité l'exemple de la France et de l'Allemagne au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. « Les Allemands et les Français avaient eu l’intelligence et le courage de se lier par l’énergie en créant, en 1952, la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA). Ils ont invité les autres pays européens à les rejoindre. Ce fut un succès », rappelle-t-il.

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« Pourquoi ne pas imaginer mettre en place cette communauté euro-méditerranéenne de l’énergie qui associerait, sur le long terme, des pays producteurs et des pays consommateurs ? », s’interroge-t-il en rappelant que l’idée a « déjà été évoquée dans une communication conjointe de la Commission européenne et de la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité », le 8 mars 2011.

L’importance de la mise en place d’une communauté euro-méditerranéenne de l’énergie

Mais dix ans plus tard, rien n’a été concrétisé. « Nous n’avons pas su nouer un partenariat stratégique entre les deux rives de la Méditerranée, fondé sur des coproductions et le partage de la valeur ajoutée. La guerre en Ukraine éclaire aujourd’hui les inconvénients lourds de l’absence d’une stratégie énergétique euro-méditerranéenne », souligne-t-il.

« En moins de dix ans, la rive sud de la Méditerranée pourrait compenser, avec les hydrocarbures d’abord puis le solaire, l’énergie que nous achetons à la Russie. En échange, l’Europe s’engagerait à livrer préférentiellement aux pays du nord de l’Afrique, de l’Égypte au Maroc, les céréales et les oléagineux dont ils ont besoin tout en leur apportant un soutien pour reconstruire leur potentiel de production céréalière », explique l’expert.

Avec son riche potentiel d’énergies, l’Algérie peut devenir la « pile électrique » de l’Europe

Dans cette perspective, l’auteur souligne le rôle clé de l’Algérie. « Avec son riche potentiel d’énergies fossiles et solaires, sa position géographique de nœud pour un réseau de gazoducs entre l’Égypte, le Nigeria, le Sénégal et la Mauritanie et l’Europe à travers l’Italie et l’Espagne, peut devenir "la pile électrique" de l’Europe », affirme-t-il.

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« On le comprend, les Européens doivent faire aux Africains une offre de partenariat aussi stratégique que les Chinois » avec les « nouvelles routes de la soie » souligne l’auteur, qui estime que la Chine « pourrait être la grande gagnante de la guerre en Ukraine qui divisera l’Europe pour longtemps et lui offrira l’économie russe », avertit-il. « Faisons en sorte qu’elle ne gagne pas aussi en Afrique », plaide l’expert.

« En initiant ce triple accord euro-méditerranéen sur l’énergie, les productions agricoles et la valorisation de la Transsaharienne, l’Algérie et la France impulseraient un projet mobilisateur comme le fut naguère la CECA, offrant des perspectives de développement sur le long terme, valorisant la proximité, la complémentarité et la solidarité face aux enjeux qui nous menacent tous », explique-t-il encore.


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