La liberté d'expression est fortement remise en cause en Afrique du Nord, surtout lorsque cela touche les dirigeants. Plusieurs activistes sont poursuivis et d'autres condamnés pour avoir exprimé leurs opinions. Au Maroc, un activiste a été inculpé pour avoir porté atteinte au roi Mohammed VI ; inculpation dénoncée par l'organisation Human Rights Watch.

En effet, HRW a appelé, le mardi 19 avril, les autorités marocaine à abandonner les poursuites contre un activiste « inculpé d’avoir manqué de respect au roi sur les réseaux sociaux, et qui risque jusqu’à quatre ans d’emprisonnement ». L'organisation de défense indique dans son communiqué que « cette affaire n’est que la plus récente d’une série de poursuites judiciaires à l’encontre de commentateurs critiquant le roi sur les médias sociaux ».

Concernant l’affaire de l'activiste, HRW rappelle que « le 11 avril 2022, Rabie al-Ablaq, l’activiste en question, a été jugé par un tribunal de la ville d’Al Hoceïma, dans le nord du pays. Un verdict est attendu le 25 avril. L’inculpation découle de deux vidéos, publiées sur Facebook et YouTube, dans lesquelles al-Ablaq s’adressait au roi sur un ton familier et soulignait le contraste entre sa richesse personnelle et la pauvreté largement répandue au Maroc. Pénaliser la critique pacifique des tenants du pouvoir constitue une violation manifeste du droit à la liberté d'expression ».

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Crime de lèse-Majesté contre Mohammed VI

L'organisation de la défense des droits humains affirme par la voix de son directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord, Éric Goldstein, qu'« aucun droit n’est plus fondamental que celui de critiquer toute personne qui détient le pouvoir, fût-ce un roi ». Éric Goldstein ajoute que « le Maroc devrait cesser de poursuivre les opposants comme Rabie al-Ablaq en vertu de ce qui est, de fait, une loi contre le "crime de lèse-Majesté" ».

Le Maroc intensifie sa persécution des activistes

Human Rights Watch, se rapportant à une déclaration d'Amnesty International du 7 avril, affirme également que les autorités marocaines ont intensifié leur harcèlement des activistes et commentateurs au cours des deux derniers mois, avec 4 personnes au moins actuellement poursuivies pour des publications critiques sur les réseaux sociaux.

Elle rappelle que le 23 mars, les autorités ont arrêté la commentatrice Saïda Alami et l’ont inculpée pour « offense à fonctionnaires publics » parce qu’elle avait critiqué un haut responsable de la police sur Facebook et condamné la répression de journalistes et d’activistes. Son procès est en cours.

Human Rights Watch conclut qu'« Au Maroc, la presse indépendante dynamique des années 2000 n’est plus qu’un lointain souvenir ». « De nos jours, les autorités semblent plutôt appliquer l’expression populaire marocaine "Parle, et tu saigneras du nez" », déclare Éric Goldstein.