Depuis le début du conflit en Ukraine au début du mois de mars, les cours du blé ont dépassé les 400 euros la tonne. Ces prix connaissent une hausse vertigineuse en quelques jours. L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe a dopé les inquiétudes sur une matière première stratégique, qui avait déjà fait les frais de l’inflation mondiale ces derniers mois. Les cours du blé ne connaissent pas de répit, le 16 mai ils ont battu un nouveau record sur le marché européen, après l’annonce de l’Inde d’un embargo sur ses exportations de blé.

Le conflit en Ukraine impacte donc considérablement la filière céréalière. La tonne de blé tendre s’échangeait à 435 euros à l’ouverture sur Euronext, un nouveau record pour la céréale, qui s’échange déjà à prix d’or sur un marché mondial tendu. À la Bourse de Chicago, peu avant l’ouverture, le prix du blé de variété SRW atteignait 12,3525 dollars, en hausse de 4,90 %. Cette nouvelle hausse parvient suite à la décision de l’Inde, deuxième producteur de blé au monde, d'interdire les exportations de cette denrée, sauf autorisation spéciale du gouvernement.

L'Inde a pris cette décision pour contrecarrer la baisse de sa production, due notamment à des vagues extrêmes de chaleur. Ainsi, New Delhi, qui s’était auparavant engagé à fournir du blé aux pays fragiles autrefois dépendants des exportations de l'Ukraine, change de cap. Le géant asiatique donne ainsi la priorité à la « sécurité alimentaire » des 1,4 milliard d’habitants de l’Inde.

En réaction à cette décision de l'Inde, le G7 a tiré la sonnette d'alarme. Pour ces pays les plus riches, cette interdiction i va « aggraver la crise » d’approvisionnement en céréales au niveau mondial. En tournée en Europe début mai, le Premier ministre indien, Narendra Modi, s’était pourtant dit, aux côtés du président français Emmanuel Macron, déterminé « à répondre de manière coordonnée et multilatérale au risque d’aggravation de la crise alimentaire dû au conflit en Ukraine ». « Les marchés réagissent d’autant plus que l’annonce de l’embargo semble contredire les promesses sur l’approvisionnement mondial », précédemment faites par l’Inde, a relevé Gautier Le Molgat, analyste au cabinet Agritel, cité par l’AFP.

Blé : Inquiétudes mondiales suite à la décision de l'Inde

la décision de l'Inde a fait grandir l'inquiétude mondiale quant à la disponibilité du blé sur les marchés. Une inquiétude qui renforce les incertitudes du marché et qui fait exploser les prix. « Les contrats déjà signés devraient être respectés, mais on ne sait pas ce qu’il va advenir d’une livraison de 500 000 tonnes de blé à l’Égypte en cours de négociation », a indiqué Damien Vercambre, courtier pour le cabinet Inter-Courtage. Selon l’AFP, sur les marchés mondiaux, le choc est d’autant plus rude que l’Inde montait en puissance : elle avait exporté 7 millions de tonnes en 2021 et tablait sur 10 millions cette année, apparaissant désormais comme une des alternatives possibles au blé ukrainien.

Cette nouvelle crise arrive au moment où le conflit s’enlise en Ukraine. Les marchés attendent les nouvelles récoltes australiennes et canadiennes qui pourront soulager un marché sous pression. Il faut dire que l’interdiction indienne sur le blé fait écho à celle de l’Indonésie sur l’huile de palme, au nom de la souveraineté alimentaire. Elle va donc maintenir la pression dans les pays importateurs, comme le Maroc, dont la production de céréales va baisser de plus de 60 %, ou l’Irak, où le manque d’eau a conduit à réduire de moitié les surfaces cultivées. Pour des observateurs du marché, les prix vont rester soutenus, car « la demande est toujours là ». Cependant, il faut dire que l’Algérie a assuré sa sécurité alimentaire en important du blé en grande quantité. Le pays ne sera pas touché par une éventuelle pénurie de blé étant donné que ses réserves sont suffisantes pour plusieurs mois.