Un Algérien risque trois ans de prison en France pour « fraude aux sentiments ». Le prévenu âgé de 37 ans est également poursuivi pour violence et menace de mort envers sa campagne. Cette affaire remet au-devant de la scène la sincérité dans les mariages mixtes. Le tribunal de Belfort devait donc statuer sur un mariage entre un Algérien et une Française et répondre à la question de savoir si cette union eu lieu par amour ou pour permettre au prévenu d’obtenir d’un titre de séjour en France.

Lé début de l’histoire remonte à 2019, lorsque la jeune femme de 18 ans a été présentée (virtuellement) par une de ses connaissances à un Algérien de 37 ans. Selma témoigne sur le début de sa relation. Elle déclare devant le tribunal : « j’avais quitté ma famille et j’étais seule ». La jeune fille échange donc avec cet Algérien qu'elle n'a jamais vu pendant plusieurs mois.

La relation s'est développée et au mois de mai 2019, Selma se rend trois jours en Algérie pour le voir une première fois. « On s’entendait bien, j’étais contente ». Le couple prend alors la décision de se marier. Une chose qui a eu lieu lors de la prochaine venue de Selma en Algérie. « Le mariage a eu lieu le 18 juillet avec uniquement sa famille, il n’y a pas eu de fête », témoigne la jeune fille à la barre.

De retour en France quatre jours après son mariage. Le confinement tombe et les deux mariés sont séparés par des milliers de kilomètres. C'est cette distance qui a poussé  Selma à réfléchir à son union. Elle change d'avis et décide de divorcer.  « C’est allé trop vite, j’ai agi sous le coup de la panique », affirme-t-elle. Elle engage même un avocat en Algérie pour faire annuler le mariage. Une démarche qui n’aboutira pas.

Le mari était violent

En juin 2021 le mari débarque à Belfort et s’installe chez la jeune fille. Il ne reste qu’une semaine avant de partir loger chez son frère. Le mari affirme qu'« elle avait changé de comportement, je voulais la laisser tranquille ». Pendant ce court séjour, le mari « avait laissé des affaires pour faire croire qu’on vivait ensemble s’il y avait un contrôle. Il me frappait si ses affaires n’étaient pas visibles », affirme de son côté Selma, qui porte plainte le 25 janvier dernier.

Devant le tribunal, l'avocat de l'accusé a tourné cette affaire en dérision. « Madame a inventé le mari Kleenex ! Je veux, je veux plus ! », a déclaré Maître Darey, qui a essayé de prouver que son client ne s’est pas marié avec une jeune fille de 18 ans dans le but d’obtenir la nationalité française. La défense explique que ce changement d’avis est issu « d’une évolution, d’une jeune fille qui avait besoin d’un pilier et qui a évolué ». Maître Darey a plaidé la relaxe de son client, expliquant qu’au moment du mariage, « il y avait une intention matrimoniale des deux côtés ».

De son côté le ministère public ne laisse pas planer de doutes. Il affirme qu'il s’agit de « fraude aux sentiments », d’autant plus que le prévenu est « incapable de fournir des preuves d’une vie commune » aux policiers. Il rappelle aussi les deux demandes de visa faites par le prévenu ont été refusées pour « intention douteuse ». Xavier Allam demande trois ans de prison ferme. Le tribunal a mis sa décision en délibéré. Elle sera rendue le 15 juin prochain.