Les femmes algériennes continuent de subir toutes sortes de violences. Qu'elles soient sous forme de coups et blessures volontaires, agressions psychologiques ou sexuelles, ces violences touchent toutes les franges. C'est ce qui ressort du rapport publié par l’Institut national de santé publique (INSP) consacré au système de collecte des données relatives aux femmes victimes de violence.

Ainsi selon ce rapport qui se base sur une enquête menée durant les 12 mois de l'année 2019 dans cinq wilayas du pays (Alger, Oran, Blida, Médéa et El Oued), les femmes victimes de violences sont relativement jeunes, avec un âge moyen de 35 ans, et instruites dans 65 % des cas. Quant aux bourreaux, leur âge moyen est de 37 ans et ils sont en grande majorité de sexe masculin (69 %) et plutôt instruit. « Les caractéristiques des agresseurs montrent qu’ils sont instruits, mais le niveau d’instruction ne semble pas un frein à la violence, au contraire, il lui confère une autre caractéristique. On trouve que plus du tiers des agresseurs sont des chômeurs (facteur de risque) ».

Cette enquête démontre qu'une femme sur dix est battue plus de 6 fois par an. Elles subissent toutes formes de violences, dont la nature est majoritairement physique : 98 % des agressions signalées se manifestent sous forme de coups et blessures volontaires. Les agressions psychologiques (5 %) et sexuelles (3 %) arrivent ensuite. Cependant, ce rapport affirme que les violences psychologiques et sexuelles restent encore mal reconnues par les victimes.

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Que peut-on faire contre ces violences que subissent les femmes en Algérie ?

Quant à la prise en charge des victimes, elle est insuffisante, indique le même rapport, car peu de victimes (17 %) ont bénéficié d’une prise en charge psychologique, en dépit du fait que la violence engendre, selon les rédacteurs de l’enquête, des conséquences psychologiques graves chez la femme agressée. « Les victimes ont bénéficié d’une ITT (Incapacité totale de travail) en moyenne de 6 jours, cela entraîne une perte d’autonomie du fait de l’emplacement des blessures ou de la perte complète d’une fonction particulière (la perte d’un œil ou la paralysie d’un membre), cette incapacité peut concerner le travail personnel de la victime ou non professionnel (une femme au foyer ou retraitée). L’établissement du certificat médical constitue une pièce essentielle lors du dépôt de plainte, qui permet au magistrat de mesurer l’importance des dommages subis, la gravité des agressions et de décider des poursuites judiciaires à la lumière des faits établis. Mais dans 3 % des cas, ce certificat médical n’a pas été délivré à la victime », souligne le rapport de l'INSP.

Pour combattre ce phénomène, l’INSP recommande d’apporter aux personnels de santé une compréhension du phénomène des violences à l’encontre des femmes, et de signaler les principaux signes cliniques et surtout d’encourager le dépistage, les soins, l’accompagnement et l’orientation des femmes victimes. Une bonne estimation des tendances démographiques de la population à risque est également nécessaire. Ce rapport préconise également de mobiliser et coordonner des ressources humaines et matérielles : gynécologues, ophtalmologues, médecins légistes, orthopédistes, psychologues, psychiatres, généralistes, ainsi que de mettre en place une action globale du secteur de la santé contre les diverses conséquences de la violence à l’égard des femmes (création de procédures et de protocoles officiels d’orientation-recours).