Le directeur de publication du journal algérien El Watan s'est exprimé sur la situation peu reluisante que connaît le quotidien. Dans un entretien accordé au site H24-dz, Mohamed Tahar Messaoudi a affirmé que la fermeture définitive du média n'est pas à écarter.

Le journal El Watan est dans la tourmente. L'un des plus vieux quotidiens du pays fait face à une crise financière jamais égalée. Ses employés sont restés sans salaires depuis plus de 4 mois et pour crier leur le bol, ces derniers ont lancé une grève cyclique qui n'aboutit cependant toujours pas[1]Le journal El Watan dans la tourmente : Ses employés annoncent une grève. L'impasse risque de perdurer, a indiqué le directeur de la publication du journal.

Mohamed Tahar Messaoudi, qui s'est exprimé ce mercredi sur la situation du quotidien, n'écarte d'ailleurs pas une fermeture définitive du journal. « Oui, on risque la fermeture du journal. Le syndicat a engagé une grève cyclique. Les travailleurs sont excédés par le fait de n'avoir pas été payés pendant 4 mois. Ils ont raison. C'est intenable pour un salarié de travailler sans contrepartie », a indiqué le directeur de la publication d'El Watan.

Vers la fermeture définitive du journal El Watan

Le directeur de publication du quotidien algérien affirme que « l'administration fiscale a bloqué nos comptes. Cela a commencé en mars 2022. Au début, c'était le compte de l'agence principale (Crédit populaire d'Algérie). Là, tous nos comptes sont bloqués : CPA, AGB, BNP Paribas El Djazair. Il y a eu un redressement fiscal. En urgence, nous devons payer 2,5 milliards de centimes. Et le reste par modération ». Le même responsable souligne que « si aucune mesure n'est prise pour desserrer l'étau, le journal s'achemine vers la fermeture définitive ».

Le comble, c'est qu'une éventuelle disparition du journal risquerait d'emporter avec elle un autre quotidien et pas des moindres. Il s'agit du journal arabophone El Khabar. « Avec la fermeture d'El Watan, l'imprimerie sera également fermée. Cela va inévitablement entraîner la chute du quotidien El Khabar, qui tire dans ses rotatives. El Khabar ; un journal à gros tirage, qui emploie beaucoup de salariés. Pourquoi tout ce gâchis ? » a expliqué Mohamed Tahar Messaoudi.

Un mois pour décider du sort d'El Watan

On n'en est pas encore là. « Le Conseil d'administration doit se réunir pour étudier un rapport d'expert que nous avons sollicité. Nous nous réunirons ensuite en assemblée générale extraordinaire des associés pour décider de la fermeture ou non du journal. Dans un mois, nous serons fixés », a précisé le patron d'El Watan.

Ce dernier a dénoncé le statut quo. « La situation que nous vivons actuellement est liée à la volonté des pouvoirs publics de nous mettre sous une pression fiscale énorme. Pendant la pandémie de covid-19, le journal n'a bénéficié d'aucune aide publique, contrairement à d'autres entreprises. Pendant ce temps, des journaux qui tirent à 2000 exemplaires/jour continuaient à bénéficier de la manne publicitaire, parfois sans être vendus », a soutenu le directeur d'El Watan.

Pour lui, « il y a eu l'octroi d'indus avantages. Pourquoi donne-t-on de la publicité à des journaux qui ne sont pas vendus ou à très faible tirage ? Des journaux qui n'emploient même pas dix salariés ! » s'est-il exclamé. « La SPA El Watan, qui emploie 150 salariés, a investi et contribué à la création d'emplois et de la richesse en Algérie. En retour, nous risquons aujourd'hui de perdre tous ces postes d'emploi », a-t-il ajouté.