Alors que l'euro s'est effondré devant le dollar en raison de la guerre menée par la Russie en Ukraine et les craintes sur les livraisons de gaz, le dinar algérien tient le coup et reprend des couleurs sur le marché officiel. En effet, la cote du DZD est passée de 160 il y a quelques semaines à 140 ces derniers jours. Ces cotations ne répondent pas aux lois du marché et sont annonciatrices d'un changement de cap en matière de politique de taux de change.

Ainsi, ces valeurs plus hautes que prévues remettent en cause la dépréciation prévu dans le cadrage macroéconomique et financier de l'année en cours. La Loi de finances 2022 a prévu, au contraire, une dévaluation du dinar[1]Le dinar algérien continuera sa chute jusqu'en 2024. Quel impact sur le pouvoir d'achat et le marché noir des devises ?. Elle a fixé un taux de change moyen du dinar de 149,3 dinars/dollar, en nette baisse par rapport à 2021, où le taux moyen était de 142,20 dinars/dollar.

Cette dépréciation devait être plus prononcée comparativement à 2020, puisque cette année s'est caractérisée par une dépréciation du dinar par rapport au dollar de 5,9 % et par rapport à l'euro de 7,7 %. Le dinar s'est échangé, en moyenne annuelle en 2020, à 126,82 dinars pour un dollar et à 144,85 dinars pour un euro, contre, 119,36 dinars/dollar et 133,71 dinars/euro en moyenne annuelle en 2019.

Ces données révèlent un changement de cap dans la politique de la Banque d'Algérie. La dépréciation du dinar à des fins macroéconomiques semble enfin céder le terrain à une réévaluation, alors que l'inflation a atteint un niveau jamais vu depuis 2012. Comme ce fut le cas en 2013, au lendemain d'une année 2012 marquée par une forte inflation, conséquemment aux grands rattrapages salariaux de 2012, la Banque d'Algérie semble entamer, à nouveau, une opération de désinflation en surévaluant le dinar.

Selon les économistes, cette mesure sert à faire face à une inflation galopante. Cette inflation, que les autorités ont estimé dans la loi de finances de 2022 à 3,7 %, a fortement rebondi, impactant d'une façon dure le pouvoir d'achat des Algériens. Donc pour faire face à cette inflation, la réévaluation du dinar est l'une des solutions mises en place. Le contexte macroéconomique aidant, la Banque d'Algérie fait le pari d'une réévaluation du dinar pour lutter contre l'inflation.

Cette réévaluation intervient dans une conjoncture marquée par la hausse des fondamentaux de l'économie, une situation qui rend plus facile l'arbitrage en faveur d'une surévaluation du taux effectif du dinar. La courbe de la valeur du dinar suit désormais une tendance haussière depuis juillet et le dinar s'est apprécié face au dollar et de facto face à l'euro, puisque la principale devise du Vieux continent a fortement décroché face au dollar.