Pour les étudiants internationaux et les travailleurs temporaires, intégrer le marché de travail québécois n’est guère facile. Langue, délais de traitement administratif, difficultés de décrocher un permis de travail et bien d’autres contraintes jettent ces catégories dans une précarité absolue. C’est du moins ce qui ressort d’un reportage réalisé par le quotidien montréalais Métro.

Le journal, qui cite nombre de cas d'immigrés et d’étudiants ayant du mal à se faire embaucher, pointe du doigt un « système brisé ». Et, probablement, le plus dur pour ces personnes démunies ce sont les délais d’attente pour un permis de travail. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada indique sur son site Web qu’actuellement le délai de traitement pour l’obtention ou la prolongation d’un permis de travail au Canada est de 167 jours si la demande est faite en ligne et de 99 jours si elle est faite sur papier. Cependant, « ces délais ne tiennent pas compte du temps supplémentaire requis pour la transmission de données biométriques, lequel peut s’élever à plusieurs mois », indique le quotidien montréalais.

Les « victimes » ayant témoigné, après avoir relaté divers déboires, se sont attaqués à  Jean Boulet, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, qui, dans une récente déclaration, a accusé les immigrés de ne pas vouloir travailler. « Il ne se rend pas compte que le gouvernement nous pousse vers les limbes du système », a déclaré l’un d’eux.

Immigrants temporaires, plutôt que de résidents permanents : Une machine à générer des sans-papiers

Pour Manuel Salamanca, membre bénévole et chercheur au Centre des travailleuses et travailleurs immigrants (CTI) de Montréal, interrogé par Métro, « l’écart entre le discours du gouvernement et la réalité des travailleurs est évident ». « C’est indignant d’entendre d’un côté les propos du ministre et, de l’autre, de voir quotidiennement des centaines de travailleurs qui endurent des conditions de travail beaucoup plus précaires que celles des travailleurs québécois », a-t-il ajouté. Le chercheur déplore « que le gouvernement fasse fi des difficultés, des barrières systémiques et de la violence administrative que rencontrent les immigrants à statut précaire et les travailleurs détenteurs d’un permis temporaire, embauchés en grand nombre par des agences de placement ».

« Le fait que le gouvernement du Québec ait refusé, contrairement à d’autres provinces, d’élargir les critères du programme de régularisation de travailleurs essentiels confirme, selon M. Salamanca, que le discours de reconnaissance des travailleurs immigrants n’était qu’une façade ». Pis encore « le gouvernement privilégie l'arrivée d’immigrants temporaires, plutôt que de résidents permanents, pour contrer la pénurie avec une main-d’œuvre bon marché. Mais il est en train de créer une machine qui génère un grand nombre de sans-papiers, parce qu’il n’a pas une structure adéquate pour soutenir ce flux », regrette M. Salamanca.