Le président français Emmanuelle Macron s'est rendu en Algérie vers la fin du mois d'août 2022. L'on s'est attendu à ce que le problème du nombre de visas octroyés aux Algériens soit définitivement solutionné. Quelque temps plus tard, en octobre, c'est la Première ministre française Elizabeth Borne qui a déclaré depuis Alger que le problème des visas sera bientôt réglé. L'on s'est alors frotté les mains en s'imaginant se prendre en selfie au pied de la fameuse Tour Eiffel !

Mais c'était sans compter les calculs politiciens qui échappent aux simples raisonnements et déclarations conjoncturelles. En effet, le soi-disant réchauffement entre l'Algérie et la France, attendu notamment sur la question des visas, ne semble pas avoir eu réellement lieu. Preuve en est la persistance de la restriction en matière d'octroi des visas aux Algériens, restriction qui paraît intacte, voire même renforcée.

Fonctionnaires, retraités, hommes d'affaires, parents de binationaux… personne n'est épargné par la réduction substantielle du nombre de visas accordés par les autorités françaises. Et ce n'est pas les récentes visites officielles des responsables français qui ont été de nature à changer la donne.

Refus de visas : des témoignages poignants

C'est pour la troisième fois en l'espace d'un an que Nadia, 66 ans et retraitée, est repartie bredouille des bureaux du Centre VFS Global. « Ça frise l'humiliation », déclare-t-elle au journal Le Monde[1]Le calvaire des Algériens pour obtenir un visa, Le Monde. Et d'ajouter : « J'ai beaucoup voyagé, j'ai visité plusieurs pays, aucun ne m'avait refusé le droit d'entrer. De quoi ont-ils peur ? Que je m'installe en France illégalement ? »

Amir, un cadre au ministère de la Défense a, lui aussi, vu sa demande de renouvellement de visa refusée. Ayant l'habitude de passer des vacances France, il avait prévu de s'y rendre pour acheter un véhicule neuf, mais, mi-octobre, son dossier a été recalé sans explication. « Je renouvelle mon visa sans problème depuis les années 1990, j'arrivais même à obtenir des visas de longue durée. Mais, là, ils ne prennent même pas la peine de justifier leur refus. C'est du mépris », lâche-t-il.

VFS Global et TLS Contact : des sites saturés

Outre les refus que les spécialistes qualifient, sans hésitation, de « systématiques », se pose un autre problème est pas des moindres : les rendez-vous pour le dépôt des demandes. En effet, les sites de VFS Global et TLS Contact, continuellement saturés, sont souvent inaccessibles. Djamel Yahiaoui, entrepreneur dans le BTP à Blida, qui s'est confié au Monde, a « passé des journées entières depuis un mois sur la plate-forme VFS à l'affût d'un créneau libre avant de réussir à en décrocher un pour le 6 décembre ». Désemparé, Hilal, cadre dans une multinationale française à Béjaïa, s'est résigné, lui, à faire appel à un intermédiaire. Il a déboursé 8'000 dinars (environ 36 euros au marché noir) pour ce « service ».

En effet, des officines (agences de voyages non agrémentées et cybercafés) trustent les créneaux disponibles et les redistribuent contre des sommes pouvant aller jusqu'à 10'000 dinars (environ 45 euros). Il s'agit d'un marché en plein essor sur le continent africain, qu'un rapport du Parlement français a pointé du doigt en début d'année en cours. Toutes ces difficultés font que, pour un Algérien, obtenir un visa pour la France relève d'un vrai exploit.

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