Une école à Marseille portant le nom d’une sinistre figure du colonialisme portera désormais celui d’un tirailleur algérien. Il s'agit de l’école Bugeaud, rebaptisée jeudi 10 novembre Ahmed Litim, du nom d’un tirailleur algérien, pour donner aux enfants l’exemple « d’un héros plutôt que celui d’un bourreau », comme le souligne le maire de la ville phocéenne.

La question de la colonisation française en Algérie continue de susciter le débat. Il existe encore des voix en France qui estiment que la colonisation a été bénéfique pour l’Algérie. Des voix qui se recrutent notamment chez les nostalgiques de l’Algérie française. À l’opposé, il existe aussi des voix qui reconnaissent les méfaits de la colonisation allant jusqu'à qualifier certains actes du colonialisme français en Algérie de crimes contre l’humanité.

L’histoire du colonialisme a été aussi marquée par l’enroulement, souvent de force, de nombreux Algériens dans les rangs de l’armée française durant les deux guerres mondiales. En effet, des milliers de tirailleurs algériens ont été mobilisés lors de la Première Guerre mondiale (1914-1918) aux côtés des soldats français. Ces milliers d’Algériens ont participé à la victoire de la France et de ses alliés face à l’armée nazie.

Du nom d’un « bourreau » français  à celui d’un « héro » algérien

C’est dans le but de rendre hommage à l’un de ces tirailleurs algériens morts pour la France que le maire de Marseille a pris une louable initiative. En effet, une école marseillaise nommée « école Bugeaud » a été officiellement renommée « école Ahmed Litim », du nom d’un tirailleur algérien. Cette décision a été prise jeudi 10 novembre par Benoît Payan, le maire de Marseille.

« Cette école de Marseille portait le nom d’un bourreau : Bugeaud. Aujourd’hui, nous lui donnons un nouveau nom, celui d’un tirailleur algérien, celui d’un héros qui a donné sa vie pour libérer notre ville », a annoncé le maire socialiste Benoît Payan dans un message sur Twitter, publiant une photo de la nouvelle plaque de l’école au nom du tirailler algérien.

L’école Ahmed Litim, située dans le très populaire troisième arrondissement de Marseille, portait jusqu’à présent le nom d’un colonisateur de l’Algérie, le maréchal Bugeaud, dont les crimes « ne doivent pas être effacés de notre mémoire », a mis en garde Benoît Payan. « Bugeaud, c'est quelqu'un qui a fait des massacres, qui a assassiné des femmes et des enfants en Algérie. Ahmed Litim, c'est un jeune soldat engagé qui est mort pour nous, mort pour la France, mort pour Marseille », ajoute-t-il lors de la cérémonie de dénomination, rapporte l'AFP.

Qui est Ahmed Litim, tirailleur algérien mort pour la France ?

L’histoire du tirailleur Ahmed Litim, c’est celle « d’un enfant d’Algérie [...] engagé, très jeune, dans l’Armée d’Afrique, mort le 25 août 1944, fauché par un obus allemand, en participant à libérer la ville », a raconté le maire lors de la cérémonie. « L’Histoire de la France, c’est aussi celle de Bugeaud, de la colonisation ou de la collaboration. Cette histoire, nous continuerons de l’enseigner et de l’apprendre à nos enfants », ajoute le maire.

« Nous saluons la position de la ville de Marseille qui a consisté à débaptiser l’école Bugeaud », a indiqué à l’AFP Samia Chabani, du centre de ressources sur l’histoire et les mémoires des migrations à Marseille Ancrages. « Ancrages milite pour que les civils ou militaires auteurs de violences et de guerre coloniale ne soient plus honorés dans l’espace public », ajoute-t-elle.