Plutôt « silencieuse » ces derniers temps, la brouille diplomatique entre Alger et Madrid continue à causer d’énormes pertes, notamment pour l’économie espagnole. Le gel des opérations bancaires entre les deux pays inquiète au plus haut degré les milieux économiques. L’on parle, en effet, d’un manque à gagner de presque 500 millions d’euros pour l’Espagne en seulement quatre mois.

Six mois après la rupture par l’Algérie de son traité d’amitié avec l’Espagne, en raison de la position de Madrid sur le Sahara occidental, les échanges économiques entre les deux pays sont au point mort. « Depuis juin, nous ne pouvons ni exporter ni importer, toutes les opérations sont en stand-by », s’est confié Julio Lebrero, patron d’Aecomhel, une entreprise espagnole spécialisée dans la fabrication d’engins de travaux publics, au journal Le Monde. Et comme Aecomhel, des dizaines d’entreprises espagnoles tournent aujourd’hui au ralenti, faute de pouvoir vendre leurs produits en Algérie.

Des entreprises algériennes également affectées par la crise avec l'Espagne

« Le gouvernement fait comme s’il n’y avait pas de problème, il nous a complètement abandonnés », regrette Julio Lebrero. Ce constat est partagé par une responsable de PME espagnole qui regrette, sous couvert d’anonymat, la « passivité » de Madrid et accuse Alger de souffler « le chaud et le froid ». Dans un communiqué publié fin juillet, l’Association des banques et des établissements financiers (ABEF) avait, en effet, annoncé la fin des restrictions bancaires avec l’Espagne. Mais cette annonce est restée lettre morte, laissant les entreprises dans l’expectative.

À lire aussi :  Voitures de moins de 3 ans : la Douane explique les taxes

Cependant, il serait faux de croire que les entreprises espagnoles sont les seules à subir de plein fouet cette crise diplomatique qui dure depuis des mois. En effet, certaines PME algériennes, dépendantes des matières premières et des pièces de rechange « made in Spain », en sont également victimes. Toutefois, c’est pour l’Espagne que la facture est le plus salée. D’après le ministère espagnol du Commerce, les exportations vers l’Algérie ont plafonné à 138 millions d’euros entre juin et septembre, contre 625 millions sur la même période en 2021. Soit un manque à gagner de 487 millions d’euros en seulement quatre mois.

Les marchandises espagnoles passent par des pays tiers

Le gel, annoncé par l’Association des banques et des établissements financiers (ABEF) algériens, « a fortement affecté les échanges » entre les deux pays, souligne Alfonso Tapia, PDG d’Omnicrea Consultoria, cabinet de conseil spécialiste du marché algérien. Face à ce blocage, certains groupes font transiter leurs marchandises via des pays tiers. Mais en raison du surcoût qu’elle entraîne, cette option n’est à la portée que de grandes entreprises.

Rappelons que le blocage des relations entre Madrid et Alger a été déclenché par le revirement soudain opéré mi-mars par le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, qui a décidé de soutenir le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. En réaction à cette volte-face par rapport à la position traditionnellement neutre de Madrid, Alger a suspendu, le 8 juin, le traité d’amitié et de coopération signé en 2002 avec l’Espagne. Alger n'a pas tardé à restreindre les transactions commerciales avec l’Espagne en gelant les opérations bancaires depuis et vers ce pays.