C’est l’histoire d’un Chaâba, autrement dit un « bled » loin de tout. C’est aussi l’histoire de toute une génération. Aussi, celle de l’immigration algérienne dans toute sa laideur et dans ce qu’elle portait d’espoirs.

« Ils n’ont aucune boussole. Aucune carte géographique. Aucune possibilité de lire une carte. Et ils décident de partir pour ne pas crever là-bas. Pour donner un minimum de chance à leurs enfants de s’épanouir dans un autre pays. Dans une autre culture. Quel courage ! », témoigne Azouz Begag dont le roman « Le Gone du Chaâba » a inspiré la Chaâba Project. À la fois profond et émouvant !  

Les concepteurs ont choisi le format ciné-concert qui, comme son nom l’indique, est une forme de spectacle hybride qui mêle cinéma et concert. Le concert, animé par le chanteur du groupe Zen Zila, Wahid Chaïb, et le talentueux oudiste du groupe Dezorientale, Allaoua Idir, est entrecoupé par l’Histoire – le H majuscule n’est pas de trop – des familles arrivées pour reconstruire la France d’après-guerre. Et, pourtant, selon le fil narratif du roman de Begag, celles-ci ont dû se contenter de baraquements au bord du périphérique, à la Feyssine, durant plus de 20 ans. Et le côté ciné du spectacle n’est qu’un poignant documentaire, réalisé par Wahid Chaïb, qui donne la voix à « celles et ceux qui ont connu la vie dans ce bidonville ».

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Le « Chaâba » : Un vécu d'Azouz Begag

Le Chaâba : ce bidonville au bord du Rhône, en contrebas du boulevard de Ceinture à Villeurbanne, Azouz Begag le connaît bien. Un amas de baraques en bois où les enfants se lavent avec l’eau du puits et font leurs devoirs à même la terre. Vingt-cinq familles y ont vécu des années 50 aux années 70. C’est à la fois dans la vie réelle et dans le « Le Gone du Chaâba ». Et le documentaire de Wahid Chaïb est venu pour donner vie aussi bien aux personnages du roman qu’à toute une génération d’Algériens qui ont vécu l’immigration comme une continuité de la nuit coloniale.

Rappelons que le « Le Gone du Chaâba » est un roman autobiographique d’Azouz Begag. Il raconte l’histoire d’Azouz qui habite au Chaâba, un bidonville à côté de Lyon. Azouz vit dans une misérable habitation, sans eau ni électricité, à côté d'autres familles qui ont fui la misère algérienne. Après bien des controverses, et des « je veux déménager » d'Azouz, son père accepte et les Begag emménagent dans un appartement à Lyon. Azouz est émerveillé, et il y avait bien de quoi : eau courante, toilettes propres, électricité, télévision… Mais le prix fut assez exorbitant.