Le roman «Houaria» d’Inaâm Bayoud a reçu le Grand Prix Assia Djebar pour la langue arabe avant de déclencher une véritable tempête de critiques en Algérie. L’autrice est accusée d'avoir utilisé un langage vulgaire et de porter atteinte aux bonnes mœurs.
Les critiques fusent principalement sur deux aspects du roman : l'utilisation excessive du dialecte algérien et la vulgarité de certaines descriptions, notamment celles touchant à la prostitution. Pour ses détracteurs, "Houaria" transgresse les limites de l'acceptable et heurte la sensibilité de nombreuses familles algériennes, présentées comme conservatrices.
Dès l’annonce de la victoire d’Inaâm Bayoud au grand prix Assia Djebbar, l’autrice a subi des attaques virulentes sur les réseaux sociaux et dans certains médias. Face à la pression, la maison d'édition Mim Édition, qui a publié le roman, a pris la décision radicale de fermer ses portes. Plusieurs auteurs ayant participé au concours, se sont indignés par la nomination d'Inaâm Bayoud. L’auteur Rabah Kheddouci a exprimé sa désapprobation sur sa page Facebook, qualifiant le roman de "faible", avec un "style stupide" et un "niveau au plus bas". De son côté, Tayeb Sayad estime qu'un roman devrait apporter au lecteur de nouvelles idées, de l'émotion et un nouveau vocabulaire.
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Algérie : les membres du jury défendent leur choix
Djawad Rostom Touati, écrivain et membre du jury du Prix Assia Djebar, défend l'œuvre d'Inaâm Bayoud. Il rappelle que le roman se déroule dans une période sombre de l'histoire algérienne, la "décennie noire", et que le langage utilisé reflète la réalité crue de la vie des personnages marginalisés qu'il met en scène. L'utilisation de la darija, selon lui, vise à conférer une authenticité aux dialogues et à plonger le lecteur dans l'univers des protagonistes. « Dans certains passages, quand les protagonistes parlent, elle utilise le dialecte darija de la région pour que les témoignages soient plus réalistes. Personne n’a encore lu le livre, ils se rendront vite compte que c’est une fausse polémique », indique-t-il à au journal l’Algérie Aujourd’hui.
En réponse aux critiques, Lazhari Labter défend le choix du jury, affirmant que ceux qui condamnent "Houaria" n'ont probablement pas lu des œuvres fondatrices de la poésie arabe pré-islamique ou contemporaine. D'autres figures littéraires, telles que Waciny Laredj, ont également apporté leur soutien à Inaâm Bayoud, considérant son roman comme une "belle réussite" qui arrive à point nommé.
Au-delà de la simple polémique littéraire, "Houaria" révèle les tensions et les contradictions de l'Algérie contemporaine. La société oscille entre tradition et modernité, entre conservatisme et aspiration au changement. Le roman d'Inaâm Bayoud, en touchant des sujets sensibles et en utilisant un langage cru, vient réveiller ces tensions et forcer le débat sur la place de la littérature et de la liberté d'expression dans un pays en quête de son identité.
