Le taux de change en Algérie est marqué par un écart significatif entre le cours officiel établi par la Banque d’Algérie et celui du marché parallèle, où les devises s’échangent à des valeurs bien plus élevées. Cette situation, qui pénalise à la fois les citoyens et l’économie nationale, alimente un débat sur la nécessité d’une réforme en profondeur du marché des devises.
L’augmentation de l’allocation touristique à 750 euros par an pour les adultes et 300 euros pour les mineurs, annoncée en fin 2024, illustre les limites du système actuel. Destinée à faciliter les voyages à l’étranger, cette mesure ne répond pas pleinement aux besoins des citoyens et soulève des questions sur son impact sur les réserves de change.
Une allocation touristique encore insuffisante
Dans une intervention sur la Radio chaine 3, l’économiste Mahfoud Kaoubi estime que cette hausse, bien qu’importante par rapport aux 100 euros précédemment accordés, reste insuffisante pour couvrir les dépenses d’un voyageur algérien. Si 4 millions de personnes réclament cette allocation, cela pourrait peser lourdement sur les équilibres financiers du pays et accentuer la pression sur les réserves en devises.
Économie GNL : l'Algérie fait une percée au Royaume-Uni face au déclin de la mer du Nord
La mise en place de bureaux de change officiels à l’aéroport international et au port d’Alger constitue une première tentative de régulation du marché. Cependant, l’économiste estime que ces mesures ponctuelles ne suffisent pas à régler le problème de la dualité des taux de change, qui freine l’intégration économique et favorise le recours au marché parallèle.
L’une des principales causes des dysfonctionnements du marché des devises réside dans la différence entre le taux de change officiel et celui du marché parallèle. Les Algériens se tournent massivement vers le circuit informel pour se procurer des devises, aggravant ainsi la situation.
Mahfoud Kaoubi insiste sur la nécessité de réduire cet écart afin de renforcer l’attractivité du secteur bancaire et de limiter les distorsions économiques. Il rappelle que la dualité des prix alimente une dualité des marchés, ce qui nuit au bon fonctionnement de l’économie nationale et freine les investissements étrangers.
Les pistes de réforme du marché des devises
Pour stabiliser le taux de change en Algérie, plusieurs réformes doivent être envisagées. L’économiste préconise une réduction progressive de l’écart entre le taux officiel et le marché parallèle en adoptant une politique de change plus flexible. Il recommande également de réguler le marché informel des devises en incitant les citoyens à effectuer leurs transactions via les banques et les bureaux de change agréés.
Économie Intelligence artificielle : l'Algérie accélère pour créer ses propres LLM
L’introduction d’une convertibilité partielle du dinar pourrait aussi favoriser une meilleure intégration économique et limiter la dépendance aux circuits informels. Il est également essentiel de simplifier l’accès aux devises pour les entreprises et les particuliers, afin d’éviter une bureaucratisation excessive qui pousse les citoyens vers des alternatives illégales.
Vers une réforme inévitable ?
La Banque d’Algérie travaille actuellement sur une nouvelle instruction visant à encadrer l’octroi de l’allocation touristique, mais cette mesure ne suffira pas à résoudre les déséquilibres structurels du marché des devises. Seule une réforme en profondeur, intégrant des ajustements économiques et une refonte du système de change, permettra de stabiliser durablement la situation et de renforcer la confiance des acteurs économiques.
L’avenir du taux de change en Algérie dépendra de la capacité des autorités à adopter des solutions efficaces et à instaurer un système monétaire plus équilibré, capable de répondre aux besoins des citoyens et de soutenir la croissance économique.