Plus de 10 000 harkis demandent des compensations supplémentaires à la France

La France fait face à une nouvelle vague de demandes de réparation de la part d’anciens harkis et de leurs familles. Plus de 10 000 dossiers ont été déposés en 2024, relançant le débat sur la reconnaissance et l’indemnisation de ces anciens supplétifs de l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Les récentes décisions judiciaires et politiques pourraient élargir encore davantage le champ des compensations.

Selon une réponse du ministère des Armées français à un député de l'Assemblée nationale, datée du 3 juin 2025 et citée par le journal Echourouk, 10.321 demandes d'indemnisation ont été enregistrées en 2024 dans le cadre de la loi du 23 février 2022. Parmi elles, 7.388 ont été acceptées par la Commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (CNIRR), chargée d'évaluer les dossiers. Ces chiffres illustrent l'ampleur des démarches engagées par les anciens harkis et leurs descendants, près de soixante ans après la fin de la guerre d'Algérie.

La pression sur la France s’est accentuée après un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en avril 2024. Dans l’affaire dite "Tamazout", la Cour a condamné Paris pour des indemnités jugées insuffisantes concernant les anciens résidents du camp de Bias dans le Lot-et-Garonne. En réponse, le gouvernement a publié le décret 2025-256 le 20 mars 2025, revalorisant les compensations de 1 000 à 4 000 euros par année passée dans ce camp. Cette mesure a ensuite été étendue au camp de Saint-Maurice-l’Ardoise, deux sites emblématiques de l’accueil controversé des harkis après 1962.

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Des recommandations pour élargir les critères d’indemnisation des harkis

Dans son deuxième rapport publié le 29 avril 2025, la CNIH a proposé d’étendre les compensations à 37 nouveaux sites, une recommandation approuvée par le Premier ministre François Bayrou. Cette décision s’inscrit dans une volonté politique d’élargir la reconnaissance des souffrances endurées par les harkis et leurs familles. Cependant, le gouvernement a jusqu’ici ignoré une proposition du parti Renaissance (parti du président Emmanuel Macron) visant à permettre aux héritiers des harkis décédés de déposer des demandes en leur nom.

La question des indemnisations reste politiquement clivante. Le député Stéphane Rambaud (Rassemblement national) a interpellé le gouvernement sur le coût de ces mesures, reflétant les réticences d’une partie de la droite française. À l’inverse, le député Jean-François Lovézolo (Renaissance) a plaidé pour un assouplissement des critères, estimant que les conditions actuelles créent des "inégalités de traitement". La loi actuelle limite en effet les demandes aux personnes ayant séjourné dans les camps entre 1962 et 1975, excluant de fait de nombreux descendants.


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