Énergie : pourquoi les projets éoliens deviennent importants pour l’Algérie

Face à une consommation intérieure de gaz en forte hausse, l’Algérie accélère discrètement le développement de plusieurs projets éoliens dans le Sahara. L’objectif est clair : produire davantage d’électricité renouvelable pour préserver les volumes de gaz destinés à l’exportation.

De Tindouf à Adrar, en passant par Naâma et Béchar, plusieurs zones du sud algérien attirent désormais l’attention des autorités énergétiques et des investisseurs. Un virage énergétique qui pourrait peser lourd dans les prochaines années. L’Algérie possède l’une des plus importantes réserves de gaz naturel d’Afrique. Pourtant, depuis plusieurs années, un autre défi préoccupe les autorités : la consommation locale d’électricité progresse rapidement, notamment durant les périodes de fortes chaleurs. Résultat, une partie croissante du gaz produit est absorbée par les besoins internes, réduisant les capacités d’exportation vers l’Europe.

Dans ce contexte, les projets éoliens commencent à prendre une place plus importante dans la stratégie énergétique nationale. Longtemps restée focalisée sur le gaz et, plus récemment, sur le solaire, l’Algérie veut désormais exploiter le potentiel du vent dans plusieurs régions sahariennes.

Économie L’Algérie lance un nouvel appel d’offres pour acheter du blé

Projets éoliens : pourquoi l’Algérie accélère maintenant

L’intérêt pour les projets éoliens n’est pas nouveau en Algérie. Dès les années 2010, plusieurs études avaient identifié des couloirs de vent particulièrement favorables dans le sud-ouest du pays. Mais le développement est resté lent, notamment en raison du coût des infrastructures et de la priorité donnée aux hydrocarbures.

La situation énergétique actuelle change toutefois la donne. Selon les données relayées par la plateforme spécialisée Attaqa, certaines régions algériennes enregistrent des vitesses de vent pouvant dépasser les 6 à 7 mètres par seconde, un niveau considéré comme exploitable à grande échelle pour la production électrique.

Les wilayas d’Adrar, Tindouf, Béchar, El Bayadh ou encore Naâma apparaissent aujourd’hui parmi les zones les plus prometteuses. Ces territoires disposent également de vastes espaces désertiques permettant l’installation de grands parcs éoliens.

Pour Alger, l’enjeu dépasse la simple transition écologique. Chaque mégawatt produit grâce au vent permet théoriquement d’économiser du gaz naturel utilisé dans les centrales électriques classiques. Un point particulièrement sensible alors que les exportations énergétiques restent la principale source de devises du pays.

Économie Euro-dinar : nouvelle hausse sur le marché parallèle

Un premier parc éolien déjà opérationnel à Adrar

L’un des projets les plus emblématiques reste la ferme éolienne de Kabertene, dans la wilaya d’Adrar. Mise en service il y a plusieurs années, elle constitue la première centrale éolienne d’Algérie. Le site dispose d’une capacité d’environ 10 mégawatts grâce à plusieurs aérogénérateurs installés dans cette région du Sahara réputée pour ses vents réguliers.

Même si cette capacité reste modeste à l’échelle nationale, cette première expérience a servi de laboratoire technique pour les autorités algériennes. Elle a notamment permis de tester les performances des équipements dans des conditions climatiques extrêmes, avec des températures élevées et des tempêtes de sable fréquentes.

Les responsables du secteur énergétique considèrent désormais cette expérience comme une base pour le lancement de projets plus ambitieux dans les prochaines années. Car malgré un immense potentiel solaire et éolien, la production électrique reste encore massivement dépendante du gaz naturel en Algérie. Certains estiment que le développement des énergies renouvelables devient indispensable pour éviter de fragiliser les revenus tirés des exportations vers l’Europe.

Réduire la pression sur le gaz algérien

Le développement des projets éoliens intervient à un moment sensible pour le marché énergétique algérien. Depuis plusieurs années, la demande nationale en électricité augmente fortement sous l’effet de la croissance démographique, de l’urbanisation et de la généralisation de la climatisation. Chaque été, Sonelgaz doit mobiliser d’importantes capacités supplémentaires pour éviter les coupures.

Économie Algérie-Italie : les échanges commerciaux grimpent à 6,78 milliards d'euros en six mois

Or, la majorité de cette électricité est encore produite à partir du gaz naturel. Cette situation crée un équilibre délicat : plus la consommation intérieure augmente, plus les volumes disponibles pour l’exportation diminuent. Un sujet stratégique pour un pays qui dépend largement des recettes des hydrocarbures.

Les projets éoliens et solaires sont donc vus comme un moyen de préserver les capacités d’exportation vers des clients européens comme l’Italie ou l’Espagne, particulièrement attentifs à la stabilité des approvisionnements depuis la crise énergétique mondiale. L’Algérie cherche également à diversifier son mix énergétique afin de réduire sa vulnérabilité aux fluctuations du marché gazier international.


Vous aimez cet article ? Partagez !