Algérie - Le nouveau chef de l'État Abdelmadjid Tebboune a promis de libérer la presse algérienne lors de son premier discours après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle du 12 décembre 2019. Cette promesse, faite entre autres, s'est vite avérée le premier grand mensonge du quinquennat Tebboune. Explication :

Pour cause, la liberté de la presse en Algérie a fortement régressé. Notamment depuis la main mise de Ahmed Gaïd Salah sur les commandes du pouvoir. Nous étions, à Observ'Algérie avec d'autres médias en ligne, les premiers à payer le prix de notre indépendance. Notre site est censuré en Algérie depuis plusieurs mois. Pire encore, plusieurs journalistes croupissent en prison. Les autres collègues de tous les médias subissent des pressions insoutenables pour effacer toute voix discordante. Les médias de masse, publics et privés dont l'ENTV, sont devenus de véritables appareils de propagande. Les rares médias traditionnels qui résistent, subissent un chantage financier en les privant de la publicité contrôlée par le pouvoir.

Après l'intronisation de Abdelmadjid Tebboune et ses belles promesses, rien n'a changé. Bien au contraire, le journaliste qui s'est distingué par une couverture très active du mouvement de contestation (Hirak), Khaled Drareni en l'occurrence a été arrêté par deux « officiers » qui l'ont amené dans un lieu situé à Hydra à Alger. Les services de sécurité lui ont signifié que c'est le dernier avertissement.

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Ce jeudi 9 janvier 2020 à 15h22, deux officiers se sont présentés chez moi à la rue Didouche Mourad et m’ont emmené (de mon plein gré) à un lieu situé à Hydra, j’y suis resté jusqu’à 23h00.
Tout ce que je peux dire c’est qu’on m’a dit que c’était le « dernier avertissement » et on m’a demandé de ne plus faire de « tweets subversifs » et de ne plus « induire en erreur l’opinion publique » sous peine de poursuites judiciaires.
J’ai signé à la fin un procès verbal qui a sanctionné cet interrogatoire en apposant une empreinte de mon index gauche (c’est toujours mieux que l’empreinte bleue).
La seule véritable violence que j’ai subie est qu’on remette en cause mon patriotisme, alors que nous étions à une centaine de mètres de la rue Mohamed Drareni (mon oncle paternel).
Merci de vous être inquiétés pour moi et je vous dis à demain

a écrit le journaliste Khaled Drareni après sa remise en liberté

La presse algérienne plus que jamais muselée

Abdelmadjid Tebboune a ainsi signé son premier grand mensonge. La presse algérienne n'a jamais été aussi muselée. Les services de sécurité ont affiché une violence inouïe dans leurs interpellations de journalistes lors du dernier vendredi. Plusieurs journalistes ont témoigné à Observ'Algérie de leur calvaire.

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Les sites d'information indépendants restent inaccessibles en Algérie. La régie publicitaire publique Anep continue à souffler le chaud et le froid sur les médias algériens. Les médias de masse privés et publics persistent dans leur mission d'appareils de propagande.

En revanche, la question capitale dont la réponse devrait provenir de l’intéressé, Abdelmadjid Tebboune ou son porte-parole Belaïd Mohand Oussaïd qui a menacé la presse de poursuites judiciaires : Le président ne veut-il pas libérer la presse algérienne ou ne peut-il pas contredire le haut commandement de l'armée ? Dans les deux cas, la situation est gravissime.

Editorial signé par Khaled Belkouche